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Les Rayons et les ombres – Un film nécessaire, porté par un casting et une esthétique de haute volée

  • gaspardflory
  • 23 mars
  • 5 min de lecture
Nastya Golubeva Carax et Jean Dujardin nous ramènent 
à l’époque taboue et douloureuse de la collaboration.
Nastya Golubeva Carax et Jean Dujardin nous ramènent à l’époque taboue et douloureuse de la collaboration.

UNE RECONSTITUTION HISTORIQUE ÉPOUSTOUFLANTE 


Cinq ans après Illusions Perdues, Xavier Gianolli fait un retour remarqué au cinéma avec Les rayons et les ombres, un nouveau film à l’esthétique éblouissante à mi-chemin entre Damien Chazelle et Baz Luhrmann. Les rayons et les ombres parvient néanmoins à briller de sa propre lumière.


Comme il nous l’avait si bien montré avec Illusions Perdues, Xavier Gianolli possède un talent non seulement pour l’orchestration de séquences absolument spectaculaires, mais aussi pour la reconstitution historique. Cela se ressent notamment dans le choix et la conception des décors, supervisés par Riton Dupire-Clément qui avait déjà reçu un césar pour son travail effectué sur Illusions Perdues. Les costumes conçus par Pascaline Chavane sont eux aussi absolument époustouflants et mis en lumière dans un défilé tantôt terne et froid, tantôt bariolé et frénétique. Il y a peu, Pascaline Chavanne recevait un second César pour son travail remarquable effectué sur Nouvelle Vague, après celui reçu pour J’accuse en 2019. 


Mise en scène, photographie, costumes, décors : une reconstitution à couper le souffle 
Mise en scène, photographie, costumes, décors : une reconstitution à couper le souffle 

DES RÉPLIQUES GLAÇANTES ET DES PERSONNAGES NUANCÉS 


L’immersion dans le début des années 40 est surprenante, et le questionnement de la collaboration y est vraiment passionnant. Les personnages sont ambigus, complexes, entre lumière et obscurité, entre rayons et ombres. 


Touchants ou détestables ? Malintentionnés ou maladroits ? Les rayons et les ombres est un film qui nous bouscule, nous fait sortir de notre zone de confort, nous questionne et par moment nous manipule. 

Une prouesse d’écriture et de mise en scène. Le film s’impose comme une œuvre neuve et nécessaire. Si les dialogues des premières séquences sont peut-être moins attrayants et sonnent presque un peu faux et sentimentalistes, on se laisse rapidement embarquer par la narration.

La justesse des répliques évolue drastiquement. Les punchlines les plus syllogistiques et les plus glaçantes ne nous traversent plus, elles nous percutent. 


Otto Abetz 

Si un diplomate dit oui, ça veut dire peut-être;

et si un diplomate dit peut-être,

ça veut dire non. 


Jean Luchaire 

Et si un diplomate dit non ? 


Otto Abetz 

Eh bien, ce n’est pas un diplomate.



UN CASTING QUI MET LE FEU À L’ÉCRAN DE CINÉMA 


La qualité des dialogues et la complexité des personnages sont qui plus est servies par un casting absolument magistral composé d’acteurs confirmés, mais méconnaissables, ainsi que d’étoiles montantes, mais brillantes. Aucun doute que l’actrice principale, Nastya Golubeva Carax sera promise à une belle carrière. La justesse de son interprétation couplée aux talents de l’équipe maquillage et coiffure rappellent réellement ceux des actrices des années 1940. Littéralement mise à nue, prostrée, étouffante, hurlante, la jeune star se donne entièrement à son rôle avec une énergie et un perfectionnisme qui font plaisir à voir. Une performance qui vaudrait très clairement, à notre humble avis, un césar de la meilleure révélation féminine. 


Face à elle, Jean Dujardin est lui aussi d’une justesse très appréciable. Si sa performance est presque éclipsée par celle de ses deux partenaires, ses sanglots et ses cris douloureusement contenus, ses quintes de toux déchirantes, nous montrent l’étendue de son talent. Il est agréable de voir que celui-ci ne se ramollit pas d’un film à l’autre, ne négligeant jamais ses personnages. Ici, il n’est pas seulement un journaliste véreux et collaborationniste, il s’agit aussi d’un père. Un père qui prétend vouloir protéger sa fille, mais l’emporte dans sa chute inévitable. Un personnage parfaitement interprété que seul un acteur de sa hauteur aurait pu si bien nourrir. Après nous avoir montré l’année dernière, un jeu très physique avec L’homme qui rétrécit de Jan Kounen, l’acteur se plonge cette fois-ci dans un jeu bien plus intérieur et plus contenu. 


Enfin, nous avons eu un immense plaisir à retrouver August Diehl. Au cas où, vous ne l’auriez pas reconnu, celui-ci est notamment célèbre pour son rôle dans Inglourious Basterds de Quentin Tarantino – un présage de notre prochain top SE7EN ? Ici, son personnage est bien plus contrasté, ce qui impose une prestation au sommet. C’est bien simple, l’année ne fait que commencer, mais August Diehl nous livre probablement l’une des plus belles performances de 2026. Son changement de visage, sa métamorphose, sa froideur soudaine sont montrés avec une force hors-pair. Nous ne l’avions pas vu dans un film d’une telle ampleur depuis longtemps, et mon dieu, quel plaisir ce fut pour nous ! Le jeu de l’acteur a mûri et met le feu à l’écran de cinéma. 


Au cours du film, Otto Abetz, dit ceci : “le plus grand pouvoir des journaux, ce n’est pas ce qu’ils disent ; c’est ce qu’ils ne disent pas”. Inspirons-nous de cette formule, si vous le voulez bien... 

Le plus grand pouvoir des acteurs, ce n’est pas ce qu’ils disent, c’est ce qu’ils ne disent pas. Ce n’est même pas vraiment ce qu’ils montrent, c’est ce qu’ils ressentent. Lorsque vous parvenez à exprimer une émotion sans passer directement par des mimiques ou par des mots, vous êtes touchés par une grâce absolue...  


Après Inglorious Basterds (2009) et La disparition de Josef Mengele (2025), August Diehl reprend le rôle d’un Nazi, cette fois-ci bien plus contrasté.  
Après Inglorious Basterds (2009) et La disparition de Josef Mengele (2025), August Diehl reprend le rôle d’un Nazi, cette fois-ci bien plus contrasté.  

3 HEURES 19, C’EST UN PEU LONG POUR UN FILM FRANÇAIS ? 


Pas de doute, on quitte la salle, lessivé émotionnellement, et il n’est pas facile de sortir du film. Il faut dire que sa durée contribue à l’importance de l’immersion : 3h19 tout de même... une durée rarissime pour un film français. De fait, Les Rayons et les ombres souffre bien de quelques longueurs.

Le film se veut riche d’une grande diversité thématique, mais se perd dans des chemins de traverse qui ne font qu’allonger le voyage, et nous éloigner des grands axes. Certes, il ne faut pas se traiter le sujet comme on circulerait sur une voie rapide, mais le film s’essouffle un peu. 


Prenons l’exemple de la tuberculose, il s’agit d’un sujet particulièrement fort et qui a dans le film une dimension majeure et métaphorique. Celui-ci n’aurait pu être amputé, mais son rôle y est rapidement compréhensible. Il n’y avait probablement pas la nécessité d’y dédier tant de séquences. En faisant ingérer la métaphore de force par des becquées saccadées, celle-ci perd de sa force poétique. 


Finalement, ce n’est pas tant que le trajet est douteux ou désagréable à parcourir, c’est qu’il nuit à l’impression générale de la promenade. Il est dommage d’user ainsi une si belle paire de chaussures. Certes, celle-ci est parfois volontairement douloureuse à porter, conçue sur une semelle de tabous en plomb, mais le spectateur est en droit de faire sa Cendrillon et de profiter du superbe bal masqué, tout en rentrant avant minuit. La durée du film ne change pas le carrosse en citrouille, mais il s’agit tout de même d’un petit gravillon dans le soulier de vair.  


Jean Dujardin et Nastya Golubeva Carax sont sous le choc ! 
QUOI ? Lumières Critique a osé critiquer la longueur d’un tel chef-d'œuvre ? Même Jean Dujardin et Nastya Golubeva Carax sont sous le choc ! 

C'est actuellement le Printemps du Cinéma profitez-en !


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