Running Man-Ce au'a pensé Lumière du dernier Edgar Wright
- Thibault Jeanroy

- 2 janv.
- 7 min de lecture

Une partie de l'équipe s'est réunie pour aller découvrir ensemble le nouveau film d'Edgar Wright, le nouveau "blockbuster d'auteur" avec la star montante Glenn Powell (régulièrement soutenu par la star confirmée Tom Cruise ) avec aussi Josh Brolin, Colman Domingo et Michael Cera à l'affiche .
Running Man est aussi le plus cher des films de Wright, d'habitude plus habitué aux divertissements plus niches mais devenus avec le temps
(sa trilogie Cornetto Shaun Of The Dead, Hot Fuzz, et Le Dernier Pub Avant La Fin Du Monde est très appréciée) de même que son film sur l'adolescence Scott Piligrim . Et n'oublions pas Last Night In Soho !

Et si à Lumière on aime beaucoup Edgar Wright (avec nos préférences pour ces films où pour d'autres évidemment) on se range un peu sur tout les fronts avec ce blockbuster qui critique le capitalisme sans pour autant aller à son encontre .
La critique d'Albert
Réalisé par Edgar Wright et sorti cette année, le film est un remake de The Running Man de 1987, lui-même une adaptation du roman de Stephen King paru en 1982.

Il raconte l’histoire de Ben Richards,trentenaire, marié et père d’une petite fille, qui, après avoir étélicencié, se retrouve forcé de participer à Running Man, jeu téléviséultra-violent où les coureurs sont poursuivis par des tueursprofessionnels ainsi qu’une partie de la population civile.
Du fait de son concept, le film s’annonçait très critique vis-à-vis du monde desmédias et du monde moderne de manière générale, et la dernièreversion filmique remontant aux années 80, c’était avec beaucoupd’enthousiasme que j’attendais cette réinterprétation plus actuelle,de plus confiée à un réalisateur au style reconnaissable et aux idées demise en scène souvent très bonnes, notamment via lasynchronisation image/musique avec la trilogie Cornetto ou encore Baby Driver.

Une bonne entrée en matière
Et la première heure du film est pour moi très efficace, nousprésentant bien cet univers à peine dystopique — car malheureusementvraiment semblable au nôtre — où la pauvreté et la misère poussentles plus démunis aux pires solutions, celles-ci étant de risquer leur viedans des jeux de massacres instrumentalisés par le système pourconserver son pouvoir et son influence, et retransmis en direct auxmasses, avides de spectacles sanglants, quand elles ne participentpas directement à la traque des coureurs, qu’il s’agisse d’adultes oumême d’enfants, dans un moment à la fois glaçant et grotesque.
Le protagoniste, Ben Richards, est également très vite caractérisé parses motivations et son comportement colérique, donnant lieu à desscènes assez comiques, mais surtout par son humanité (absente chezla plupart des autres personnages) qui le pousse à aider les autres,même lorsqu’il s’agit de concurrents voire d’adversaires, quitte à lemettre lui-même en danger.
Le personnage est interprété par un GlennPowell en grande forme, autant à l’aise dans les scènes d’action etde cascades effrénées que dans ces petits moments d’humour bienvenus, passant souvent par les dialogues évoqués plus tôt.
Mais comme souvent dans les dernières productions que j’ai pu voirau cinéma, après un bon démarrage simple mais efficace, la suite du récit va, selon moi, perdre en rythme et en tension, et ce malgré un nombre de séquences spectaculaires élevé et quelques bonnesidées de mise en scène (par exemple la scène dans la maison dupersonnage de Michael Cera, truffée de pièges, rappelant Maman,j’ai raté l’avion et donnant lieu à un mélange réussi d’humour etd’action loufoque), mais ne parvenant pas à me surprendre. Le filmsemble suivre un chemin attendu et se termine sur un climax à bordd’un avion digne d’un Mission : Impossible, assez cliché et sans idéeparticulièrement nouvelle, en plus d’être très prévisiblescénaristiquement parlant.
Par ailleurs, le principe pourtant simple du Running Man, à savoirsuivre un homme poursuivi par des chasseurs et en mouvementpermanent sans pouvoir prendre de répit ni de repos, me semblefinalement assez mal exploité, s’apparentant plus à une gigantesquepartie de cache-cache où le héros va, à loisir, se déguiser et se cacher.
Les moments de course-poursuite, bien que présents, me semblentbien plus anecdotiques que dans Le Prix du danger, film d’YvesBoisset au concept similaire mais, de mon point de vue, bien plustendu et angoissant de par la durée plus courte du jeu et l’unité de lieu, forçant le protagoniste à se déplacer constamment et nousfaisant vivre presque en plan-séquence sa traque.
Enfin, et c’est peut-être pour moi le plus décevant, à l’exception de certains moments évoqués plus haut, je n’ai globalement pas ressenti la patte et le style d’Edgar Wright, pourtant unique, sur ce RunningMan.
Là où, dans Baby Driver, la musique rythmait à la seconde prèsla plupart des actions des personnages — qu’il s’agisse de fusillades,de courses-poursuites en voiture ou d’un génial plan-séquence —, dansRunning Man, tout me semble plus sage et le long-métrage ne tenteque rarement des prouesses visuelles ou techniques qui l’auraientrendu mémorable et véritablement inventif.
Cela s’explique sans doute par le fait qu’il s’agisse d’un remake, avectoutes les contraintes l’accompagnant. Et pour finir sur une note pluspositive, le film reste malgré tout bien supérieur à la plupart de sesblockbusters concurrents, par sa forme d’une part mais surtout parson fond, ne cachant pas ses opinions et se montrant radical dansson message de fin. J’attends donc malgré tout avec impatience leprochain projet de Wright, en espérant qu’il soit cette fois originalet davantage mémorable.
La Critique de Gaspard
L'histoire suit son cours, court, et au cours de sa course effrénée, se prend les pieds, dans des idées lassantes et délacées. Alors, malgré des séquences au rythme dynamique et à l'énergie jouissive, la narration s'essouffle poursuivie par ce à quoi elle avait juré d'échapper. C'est dommage, car Running Man est un film divertissant et loin d'être inintéressant.
Dès lors que l'on ferme les yeux aux rebondissements prévisibles, le film est d'abord plutôt séduisant. Les péripéties s'enchaînent à vitesse grand V et le spectateur a lui-même la sensation de faire un marathon de 130 minutes.
L'enchainements de mouvements de caméra grandiloquents nous bouscule et nous transporte. Hélas, Running Man souffre de cette incapacité à s'arrêter juste un instant pour permettre à son spectateur et à sa narration de souffler un peu. En effet, la vitesse à laquelle s'enchaînent les différentes péripéties retire toute suspense. Or que vaut un survival sans cette douce pression inconnue pour nous prendre aux tripes ? Pas grand-chose et Running Man ne vaut donc pas bien mieux. Alors laisser courir ?
La ligne d'arrivée franchie, on constate bien vite que les baskets enfilées sont complètement usées. Sûr que le chemin emprunté n'était pas si risqué, d'autres s'y étant déjà pris les pieds. Alors pour ne pas se fouler une cheville, Running Man se repose sur un côté du chemin. Après toute la qualité de la course importe peu pourvu qu'il y ait des spectateurs, les yeux rivés sur le sprinteur Américain.
Avec ses muscles saillants sous son dossard étoilé, le film peut satisfaire les regards enjôleurs de bon nombre d'admirateurs. Il n'y a pas de mal à ça, mais voilà que ses jambes galbées cachent quelques fractures. Running Man semble critiquer ces émissions mainstreams, clichées, prêtes à tout pour faire de l'audimat... Or, qu'en est-il vraiment du beau coureur qui s'élance sous les regards émerveillés ? Eh bien figurez-vous que ses baskets sont de la même marque. Mêmes crampons, mêmes couleurs, même semelle respirante irrespirable, même modèle. C'est là le défaut principal de la course de Running Man.
La performance n'est pas si mauvaise, mais il est désagréable de voir un sprinteur se moquer des baskets d'un autre coureur, alors qu'il a les mêmes chaussures au pied.
On aurait envie de penser que Running Man fait preuve d'autodérision, mais le film semble trop lisse pour ça. Il nous interroge sur notre condition de spectateur, sur la violence et l'absurdité de cette société médiatique, mais nous dope aux explosions et aux scènes dramatiques vues et revues.
La critique de Thibault
Running Man est en quelque sorte l'exemple même du blockbuster qui fait normalement passer un bon moment à quiquonque sur le moment, puis s'oublie une fois sortie de la salle....
C'est bien dommage d'ailleurs qu'il s'agisse d'un film d'Edgar Wright, dont on n'oublie pas les films si rapidemment (où pas du tout d'ailleurs ) et pourtant ce nouveau divertissement porté par un Glenn Powell plus colérique que d'habitude ne saura convaincre sur la durée, et s'oubliera assez vite... Le box office en témoigne déjà (démarrage catastrophique et bide annoncé) ainsi qu'un bouche à oreilles inexistant ....
En soit, non le film n'est pas mauvais, ses atouts sont d'ailleurs nombreux- scènes d'actions très bien réalisées, rythme soutenu, humour assez bien dossé- le vrai problème se passe plus dans le scénario... Si on prend en compte son statut de remake moderne, sa forme finale et les tenants et aboutissements le placent plus comme une sous-version plus écrite d'un James Bond où Mission Impossible .
Bien entendu le scénario reste solide malgré ses nombreuses failles, et la mise en scène soignée est à l'image d'un metteur en scène doué comme Edgar Wright, mais ça ne permet pas à Running Man de s'imposer comme un blockbuster visionnaire (ce qu'est le livre de King, et la première version) malgré un sous propos pas inintéressant mais déjà vu et mal écrit sur le capitalisme, ce qui implique par exemple un Josh Brolin dans un rôle grossier et déjà vu milles fois dans des blockbusters encore moins percutants (comme chez Marvel par exemple) où encore Michael Cera dans un personnage à peine développé qui débarque en fin de seconde partie sans trop qu'on en sache sur sa place dans cette histoire et dans la vie de notre anti-héros ... Bref pas mal de choses sont à revoir
Voilà donc ce qu'une partie de Lumière a pensé du dernier film d'Edgar Wright qui n'a malheureusement pas rencontrer son public en salles .... Sans doute le film du réalisateur le moins bien reçu...
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