résurrection par Bi gang-Critique d'une expérience totalement inédite
- jacquotnoah100
- 10 déc. 2025
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 11 déc. 2025

Résurrection par Bi Gang- Critique : une expérience visuelle inégale ?
Je dois l’admettre, il sera difficile pour l’introduction de cet article de rivaliser avec celle de Résurrection. Commençons donc par un préambule des plus élémentaires : le film provoque cette année, à Cannes, un raz-de-marée spectaculaire.
Diffusé en toute fin de festival, il ne bénéficie pas du créneau le plus avantageux.
Pourtant, il fait débattre.Certains journalistes avaient déjà été soufflés par les précédents films de Bi Gan : Un Grand Voyage vers la Nuit (2018) et Kaili Blues (2015) ; d’autres découvrent le réalisateur chinois. Certains sortent de la salle en criant au génie. D’autres sont plus mitigés, et d’autres encore ne sortent pas : endormis.Je préviens d’avance que cet article se situe plutôt dans le second camp. Le plus ennuyeux, donc. Soit. Le film fait beaucoup parler. Alors parlons-en.
Du meilleur au moins bon
Bi Gan est un maître de la forme. Un amoureux des images, moins des mots. Deux phrases lui ont suffi avant de lâcher le micro lors de la présentation de son film aux Halles.Mais s’il est un orateur fainéant, le cinéaste chinois est un plasticien brillant.
Dans Résurrection, il nous embarque dans un futur post-apocalyptique dans lequel les humains ne peuvent plus rêver, et ceux qui le font — appelés « rêvoleurs » — sont traqués. Mais, à vrai dire, le synopsis n’a d’importance que dans la thématique du rêve. Ces rêves qui offrent à Bi Gan la liberté dont il a besoin pour déployer tout son panel visuel et technique.
C’est donc à travers six parties (ou rêves), toutes très distinctes, que le cinéaste raconte le destin onirique du rêvoleur. Mais, comme dit auparavant, le synopsis n’est utile que pour le rêve : en vérité, Bi Gan veut trouver un espace de liberté pour dévoiler son amour du cinéma. Et quoi de plus libre qu’un rêve ?En six parties, Bi Gan explore six styles de films. Pour lui, le cinéma incarne la liberté et il souhaite lui rendre hommage.
L’introduction a l’aspect d’un film muet — en couleurs — à intertitres. Tantôt inspiré de Méliès, du Nosferatu de Murnau, puis de l’expressionnisme allemand, il se nourrit de l’histoire du septième art pour créer un objet filmique hybride. Objet qui prendra ensuite la forme d’un film noir psychologique, fleuri d’une séquence de miroirs sublime qui rappelle celle de La Dame de Shanghaï d’Orson Welles.
S’enchaînent ensuite la rencontre du rêvoleur avec un esprit dans un temple enneigé, puis un récit de paternité sur fond d’arnaque quasi surnaturelle. Deux séquences qui font l’effet d’une longue vision soporifique au milieu d’un orgasme. L’image est peut-être excessive, certes, mais le fossé entre les différents morceaux du film en est le défaut majeur.Car il est tout à fait justifié de considérer comme un fossé la consécution de deux parties séculaires avec un plan-séquence prodigieux de près d’une heure, probablement l’un des plus beaux gestes de l’année, qui fait d’un simple coucher de soleil un climax hypnotisant.
N’y voyez pas là une injustice. Car il est en effet malvenu de dire d’un film qu’il fait « trop bien » ; mais pas qu’il est trop disparate. Là réside le danger principal de l’œuvre-puzzle : la comparaison entre ses différentes pièces. Et Résurrection en souffre beaucoup.
La richesse du long-métrage se perd aussi dans une conclusion qui, toujours d’une grande maestria visuelle, décide ouvertement de nous rappeler que nous sommes devant un film, et que le cinéma meurt. Une image floue alors que le titre parle de « résurrection ».Erreur d’interprétation ou faux pas thématique de Bi Gan ? Lui-même ne semble pas avoir la réponse.
Conclusion
Bien qu’il soit d’une inégalité très frustrante, Résurrection par Bi Gang, reste un objet de cinéma inédit où fourmillent des idées et des séquences mémorables. Certes plus riche visuellement qu’il ne veut l’être thématiquement, il n’en demeure pas moins un film d’une rareté qu’il faut souligner, à voir en salles dès aujourd’hui.
Le film est tout juste disponible en salles
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