Father Mother Sister Brother: Le retour raté de Jarmusch ?
- jacquotnoah100
- 13 janv.
- 3 min de lecture

Le récit, sous forme de triptyque, illustre les non-dits familiaux entre enfants et parents, selon trois points de vue différents, dans trois histoires partiellement reliées. Que retenir donc du nouveau film de Jim Jarmusch ?
Le vide par le vide
Pas grand-chose. Voilà peut-être ce qu’il y a à retenir du projet du cinéaste. Mais pas grand-chose n’est pas rien. Pas un Lion d’Or, bien sûr. Ni un grand film, bien entendu. Mais pas le pire de Jarmusch. Pas sans idées, certes, mais certainement, et à beaucoup d’égards, empreint d’une grande vacuité.
D’abord vient l’histoire du père (Tom Waits). Ses deux enfants (Mayim Bialik et Adam Driver) viennent lui rendre visite. Problème : personne n’a rien à se dire.
Là se trouve en effet le sujet principal du projet. Les codes sociaux qui poussent le lien familial à être maintenu, même si celui-ci n’existe plus vraiment. Alors, les quelques idées du cinéaste américain peuvent se dévoiler. Le jeu assez malin sur les changements incessants de position ; l’apparition d’un décor naturel à travers une fenêtre font l’effet de respirations dans un échange pesant de gêne. Passée la découverte inattendue mais non sans intérêt d’un dialogue qui n’arrive jamais, vient alors le vide. Vide des dynamiques entre les personnages qui, étant inexistantes, ne peuvent ni se renouveler ni nous surprendre.
En cinq minutes donc, tout a été dit, car Jarmusch n’a pas plus d’idées qu’il n’a de choses à raconter.Certains diront que se trouve ici tout le principe du film. En effet, soulignons qu’il est courageux de combler du vide par du vide.
Vient enfin l’au revoir, puis la deuxième partie. Le cinéaste est pris à son propre piège mais réussit à faire plus apathique encore. L’on sait déjà tout des enjeux qui se trament lorsque cette mère raconte à sa psy la visite prochaine de ses filles pour le thé annuel.
Reste donc les personnages à découvrir. À nouveau, Jarmusch ne sait que faire pour combler.
La malheureuse Vicky Krieps campe donc une femme censée incarner liberté et modernité. Il fallait donc qu’elle mange avec les doigts en opposition à sa mère et sa sœur, rigides et froides (Charlotte Rampling et Cate Blanchett).
La caricature envahit donc le récit, qui souffrait déjà d’un discours creux, que voilà maintenant d’une grande lourdeur.
Puis, à nouveau, le vide, les fioritures, jamais de mise en scène.
La dernière et troisième partie, en revanche, se démarque du tout. Déjà, le schéma des deux premières n’est pas repris, évitant une redite qui eût été synonyme de naufrage, bien que celui-ci soit entamé autour d’un dialogue insipide dans un café, heureusement seulement introductif de ce dernier segment. C’est dans les trente dernières minutes — bien trop tard donc — que Jarmusch réussit à tirer quelque chose de l’alchimie de ces deux frère et sœur (Indya Moore et Luka Sabbat), notamment à travers le décor principal de cette ultime partie : un appartement vidé de ses meubles mais rempli des souvenirs d’enfance des protagonistes, qui amène enfin Jarmusch à faire quelque chose de sa caméra. Ce décor éminemment cinématographique est le théâtre de jolis cadres racontant le lien fort entre ces jumeaux qui tentent de recréer un lien avec le passé et leurs parents morts.
Conclusion
Le cinéaste réussit donc seulement lorsqu’il s’en éloigne, à raconter quelque chose de son sujet, et nous rappelle lui-même, avec un dernier segment plutôt inspiré, les faiblesses des deux premiers. Pas catastrophique, mais dans la continuité d’un cinéma pauvre en discours, Father Mother Sister Brother comblera certainement les fidèles. Il est tout de même bon de conclure sur le geste le plus juste du projet, qui montre que Jarmusch lui-même approuve involontairement les dires de cet article :
un garage vide rempli de meubles inutiles en guise de conclusion de son film. Jolie métaphore.
Le film est actuellement en salles
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