Amadeus, le faux biopic sur le génie Mozart
- Gabriel Charron
- 14 mai
- 4 min de lecture

LE GENIE MOZART ....
On connaît tous de nom et de réputation Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : il commence à composer dès l’âge de 6 ans, est capable de jouer du clavecin les yeux fermés et les mains dans le dos, et est influencé par Joseph Bologne, chevalier de Saint-George (1745-1799), ainsi que par Johann Sebastian Bach (1685-1750).
Genèse du flm...?
Son nom a tellement marqué la notion de génie qu’il en est devenu une antonomase : “un Mozart”. Son œuvre participe à ce qui deviendra, au XIXe siècle, l’affirmation du nationalisme allemand, notamment à travers les premiers opéras et ballets interprétés en allemand plutôt qu’en italien — ce qui était révolutionnaire au XVIIIe siècle.
Si ses compositions sont passées à la postérité, sa vie, elle, n’a laissé personne indifférent. On connaît tous la légende noire de sa rivalité avec le compositeur officiel de la cour d’Autriche, Antonio Salieri (1750-1825), qui, jaloux de son talent inné, l’aurait fait sombrer à petit feu en l’épuisant psychologiquement.
Cette rivalité a inspiré la pièce Mozart et Salieri de Alexandre Pouchkine (1830), adaptée ensuite en opéra par Nikolaï Rimski-Korsakov en 1897, puis en film par Miloš Forman en 1984.
Ce film s’intitule Amadeus, et non Mozart et Salieri. Ce choix traduit une volonté d’aller au-delà de la simple adaptation : “Amadeus” signifie « aimé de Dieu », renvoyant à l’idée que Mozart serait investi d’un don divin incompris.
À l’affiche, on retrouve Tom Hulce dans le rôle de Mozart et F. Murray Abraham dans celui de Salieri. La musique du film repose sur les compositions du compositeur lui-même.
L’histoire, en apparence simple, s’ouvre sur un vieux Salieri, rongé par la culpabilité d’avoir causé la mort de Mozart et ayant tenté de se suicider. Interné, il constate que sa propre musique est tombée dans l’oubli, tandis que celle de Mozart lui a survécu.
DE QUOI IL EST QUESTION ?
Il raconte alors à un jeune prêtre comment il a poussé le jeune génie vers la mort.
Le film suit ainsi l’ascension et la chute de Mozart : on y découvre un jeune adulte dépravé et fêtard. Impossible, à première vue, que cet insolent soit le prodige présenté par son père Léopold dans toutes les cours d’Europe… et pourtant.
“Wolfi” finit par attirer l’attention de l’empereur Joseph II (interprété par Jeffrey Jones), qui l’intègre à la cour impériale avec pour mission de composer des opéras en allemand — ce qui déplaît à des conseillers attachés à la tradition italienne et à un certain rigorisme artistique.
De son côté, Salieri est tiraillé entre admiration et haine. Il ne comprend pas pourquoi lui, pieux chrétien, a dû travailler avec acharnement pour atteindre l’excellence, alors que Mozart semble y parvenir naturellement, tout en menant une vie de plaisirs.
Il décide alors d’exploiter les failles du compositeur : la luxure, l’arrogance, l’insouciance et la précarité.
SON PARCOURS, ENTRE ECHECS ET PAUVRETE
Chaque échec de Mozart devient le fruit de ses manipulations. Indifférent à la politique ? Salieri l’encourage à adapter Le Mariage de Figaro en Les Noces de Figaro, malgré l’interdiction impériale, puis le dénonce.
Fier de son talent ? Il le pousse à l’insolence, notamment face à la célèbre remarque de l’empereur sur ses œuvres : « trop de notes ».
Enfin, il exploite sa pauvreté en lui passant, anonymement, des commandes — dont celle d’un Requiem, qui deviendra ironiquement sa dernière œuvre, inachevée.
Au-delà du récit, Amadeus interroge le don, son injustice et son incompréhension.
D’un côté, Mozart, qui s’autodétruit par arrogance, persuadé que son talent suffit à tout surmonter. Le film lui prête des traits excessifs, voire caricaturaux, notamment à travers son rire nerveux et son comportement impulsif.
De l’autre, Salieri, incapable de comprendre que ce don qu’il jalouse est aussi une forme de malédiction.
Contrairement à ce que suggère le film, Mozart n’était probablement pas tel qu’il est représenté : plus cultivé, plus nuancé. Mais cette vision sert le propos tragique.
Même en disgrâce, Mozart continue de créer.
La mort de son père aurait influencé Don Giovanni (inspiré de Molière), tandis que sa vie personnelle aurait nourri La Flûte enchantée — bien que ces liens relèvent en partie de l’interprétation.
Pour traduire ces thèmes, Miloš Forman mise sur une mise en scène expressive : abondance de couleurs pour marquer l’ascension de Mozart, puis leur appauvrissement à mesure de sa chute.
Les costumes suivent cette évolution : éclatants au début, ils deviennent ternes, jusqu’à la disparition même de la perruque.
L’éclairage naturel renforce l’authenticité, tandis que les scènes nocturnes, éclairées à la bougie, accentuent la dimension tragique et l’ombre qui s’abat sur le personnage.
Certains passages muets, portés uniquement par la musique, rappellent la structure des tragédies grecques et des opéras.
La chute de Mozart est inéluctable : prisonnier de sa condition, il est conduit vers une mort silencieuse, sous le regard coupable de Salieri, qui croit avoir pris sa revanche sur Dieu lui-même.
Amadeus est ainsi un avertissement sur les limites du talent et du don.
La leçon est claire : lorsque certaines aptitudes nous sont données, elles peuvent être autant une bénédiction qu’un fardeau — et leur usage détermine notre destinée.
Le film est disponible en VOD
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