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TOP SE7EN – De Tomasi à Aramis, la carrière d’un acteur touché par la grâce, Romain Duris

  • gaspardflory
  • il y a 4 jours
  • 10 min de lecture

En salles depuis quelques jours, Fils de personne avec notamment Romain Duris. Une belle occasion de revenir sur la carrière prolifique de cet acteur dont le jeu sincère et grâcieux a marqué les générations.

Encore aujourd’hui, considéré comme une figure majeure du cinéma français, Romain Duris fait partie de ces comédiens dont nous ne nous lasserons pas de parler, tant celui-ci a fait vibrer notre vision du cinéma. 


nouveau top se7en sur Romain Duris

7. Cessez-le-feu (2016), une saison en enfer 


Avant de réaliser En fanfare en 2024, Emmanuel Courcol avait déjà marqué la rédaction avec Cessez-le-feu. En tête d'affiche, Romain Duris interprète Georges Laffont, héros de la guerre de 14-18 qui peine à continuer à vivre pendant l’entre-deux-guerres.

Hanté par les traumatismes, les cheveux en bataille, sous le soleil africain, Romain Duris se métamorphose en un soldat rimbaldien vieillissant, le visage marqué par une barbe hirsute et les sourcils froncés par un sentiment constant d’insécurité et d’oppression.


Il s’agit d’une interprétation une fois de plus, toute en retenue, qui pousse l'acteur à sortir une fois encore de sa zone de confort.

Si Romain Duris nous a habitué à des personnages profondément sensibles, son interprétation de Georges Laffont est en effet, marquée par une froideur surprenante et appréciable.

Il campe probablement là, l’un de ses personnages les plus masculins de sa carrière et crée un alliage intéressant de maladresse et de brutalité.

Ses tics, discrets sont représentés avec un soin et une humilité assez agréables, sans trop chercher des yeux le regard ou l’approbation du spectateur.

Néanmoins, cette humilité du film peut aussi être interprétée comme une fragilité. Les séquences dramatiques ne s’assument pas vraiment et manquent souvent d’impact au point de nous traverser à défaut de nous frapper...


Cela s’explique notamment par une bande sonore malheureusement assez oubliable, qui, en voulant esquiver le mélo, a tendance à esquiver l’émotion. Le film jouit néanmoins d’une plutôt belle esthétique visuelle, en particulier au début du film, lors de séquences se déroulant en Afrique. Le jeu de lumière et l’immobilité du cadre et des sujets en son sein confèrent en effet au film une esthétique presque picturale. En plus de la très belle performance de Romain Duris, le film est également porté par un Grégory Gadebois absolument remarquable dans son interprétation d’un personnage terré dans le silence. Sa douceur et sa fragilité presque infantiles par moment, tranchent avec une certaine gravité. Un équilibre complexe que l’acteur parvient à toucher du doigt, voire à saisir. Chapeau bas. 


LE SAVIEZ-VOUS ? La direction de la photographie de Cessez-le-feu fut assurée par Tom Stern, le directeur de la photographie de Clint Eastwood, en personne. 


Romain Duris campe Georges Laffont, un soldat traumatisé par la Grande guerre
Romain Duris campe Georges Laffont, un soldat traumatisé par la Grande guerre 

6. Une part manquante (2024), Romain Duris déconstruit la masculinité et la figure paternelle

 

Production franco-japonaise, Une part manquante est un film qui respire une profonde sensibilité. Romain Duris y campe un personnage marqué par un mélange de douceur et de fragilité. Après Le règne animal, l’acteur qui fête alors son cinquantième anniversaire semble ainsi définitivement s’ancrer dans la figure du père au cinéma, et ce n’est pas l’annonce du film Fils de personne qui nous dira le contraire. Mais comment lui en vouloir ? Ces rôles permettent toujours à l’acteur d’exprimer toute la sincérité et la diversité émotionnelle de son jeu. Une part manquante est également une œuvre représentative de la filmographie de l’acteur dans la mesure où celle-ci représente un personnage qui brise dans une certaine mesure, les codes de la masculinité. 


Même dans ses moments de faiblesse, le spectateur est profondément attaché à ce personnage brimé par le système. De ce fait, on ne saurait dire si Romain Duris se fond ou se détache de cette société japonaise grouillante et marquée par des inégalités inconnues à l’internationale. S’ouvre ou plutôt se ferme à lui, un monde nocturne et froid. Le personnage semble vouer à y errer non sans avoir de but, mais sans pouvoir l’atteindre. 

Pour sa deuxième collaboration avec Romain Duris après Nos batailles, Guillaume Senez réalise une fois de plus une œuvre profondément sociale. 


Après Le règne animal, la figure récurrente du père dans la filmographie de Romain Duris 
Après Le règne animal, la figure récurrente du père dans la filmographie de Romain Duris 

 


5. Dans la brume (2018), un Survival anxiogène plongé dans le brouillard 


Qui a dit que le cinéma de science-fiction français était mort ? Plus de cinq ans avant de jouer Théo Rimarval dans Chien 51, Romain Duris s’essayait déjà au film d’anticipation avec Dans la brume.

À la manière de la mini-série La crue ou du film Acide, Dans la brume constitue un survival écologique particulièrement bien réalisé, tout en se démarquant des blockbusters américain. Le réalisateur, Daniel Roby a expliqué que ses origines canadiennes l’auraient amené à moins questionner le positionnement du film dans le paysage cinématographique français, pour se concentrer sur la construction d’une “aventure intrigante, intéressante et originale”. Trois adjectifs qui qualifient plutôt bien Dans la brume


Si le protagoniste interprété par Romain Duris est sans doute bien loin d’être le héros le plus développé du cinéma. Sa relation avec sa fille (encore) est plutôt originale. Ne pouvant respirer le même air que les autres, celle-ci est isolée dans une sorte de bulle que ses parents doivent régulièrement alimenter en énergie, afin que cette dernière ne cesse pas de fonctionner. Lorsque une brume irrespirable s’élève sur Paris, tous les personnages sont de fait, pris en étau. Dans la brume représente ainsi un Romain Duris héroïque et constamment sur le qui-vive. La montée de la brume suscite rapidement beaucoup d’incertitudes. Si son ascension semble cesser à une certaine hauteur, on ne saurait prévoir son évolution. 


Certes, à la vue de l’élévation de cette nappe de pollution, certains pourraient juger le manque de subtilité du message écologique du film. Néanmoins, le long-métrage ne cherche pas à expliciter la force et l’importance de son message par des répliques lourdes. 

Si le film a été tourné en partie en studio, ses décors sont tout simplement impressionnants. La configuration des différents appartements a été conçue en studio par le chef décorateur Arno Roth, tandis que les séquences en extérieur ont été tournées en décor naturel. Une harmonie qui fonctionne plutôt bien. 

De plus, le film est finalement plutôt bien écrit et permet à Romain Duris d’effectuer une performance particulièrement physique qui diffère de ses performances souvent plus émotionnelles et intériorisées : 

 

“Je savais que le film allait me demander un bon état physique [...] À plusieurs reprises, je me suis dit que c’était vraiment préférable, parce que marcher avec le masque à gaz et les bouteilles, tout en montant les marches, c’était pas évident ! J’aime jouer avec les ruptures, les limites. Dans les scènes en apnée, je me suis vraiment mis en apnée, car c’est comme ça que je nourris un rôle.” 

(Romain Duris)


20 ans, après le Peut-être de Cédric Klapisch, Romain Duris fait son retour dans un Paris futuriste 
20 ans, après le Peut-être de Cédric Klapisch, Romain Duris fait son retour dans un Paris futuriste 

 

4. De battre mon cœur s'est arrêté (2005), Romain Duris et Jacques Audiard, une collaboration sanglante 


À seulement 30 ans, Romain Duris jouait déjà auprès des plus grands.

En témoignent non seulement ses débuts auprès de Cédric Klapisch, mais aussi sa collaboration sanglante avec Jacques Audiard pour De battre mon cœur s’est arrêté.


Dix ans après Le péril jeune, Tomasi semble déjà des années-lumière. Le regard noir, le front plissé, Romain Duris devient Thomas Veyr, un jeune homme aussi sensible que froid. Fils d’un Niel Arestrup véreux et cruel, Tom est pris dans situations de plus en plus périlleuses, sous l'emprise de l’entreprise paternelle. Il essaye progressivement de s’en détacher, en apprenant notamment le piano, rêvant d’être un jour, un concertiste aussi talentueux que sa mère.


Néanmoins, l’interstice entre ces deux mondes qui s’opposent, se réduit de plus en plus jusqu’à disparaitre. C’est donc les mains ensanglantées et le cœur battant à tire-larigot que Thomas passe les auditions. Une séquence sublime, représentative de la poigne dramatique du film. De battre mon coeur s’est arrêté est qui plus est porté par une bande originale absolument sublime signée par le grand Alexandre Desplat en personne.  Le film remportera un Bafta du meilleur film étranger et un césar du meilleur film, offrant au passage à Jacques Audiard, un césar du meilleur réalisateur. Le talent du cinéaste réside dans sa façon de ne lâcher ses personnages dans le vide que quand il les juge prêt à faire le grand saut. Alors, un court instant, on croirait voir Romain Duris s’envoler à tire-d'aile... Il faut le voir pour le croire. 

 

Thomas Veyr, un protagoniste complexe, aussi sensible que froid 
Thomas Veyr, un protagoniste complexe, aussi sensible que froid 

 

3. Le péril jeune (1994), la révélation avec un grand R ! 


Le péril jeune, c’est quoi ? Dans un premier temps, Le péril jeune, ce sont les premiers pas de Romain Duris, mais aussi ceux de Vincent Elbaz sur le grand écran. Il s’agit qui plus est, d’une œuvre culte qui a marqué toute une génération et qui demeure encore aujourd’hui, l’un des films les plus marquants réalisés par Cédric Klapisch. 


Les répliques y sont bien écrites, exprimant joyeusement une répartie adolescente sans se perdre dans une vulgarité excessive.

Ce naturel dans l’écriture des dialogues est très appréciable et permet aux acteurs de s’immerger au mieux dans leurs personnages. Romain Duris crève ainsi l’écran, plus insolent et plus fougueux que jamais. Sous son sourire hagard et ses cheveux en bataille, Tomasi constitue un mélange crédible et équilibré de plusieurs archétypes. Le personnage est bien plus qu’un Boulard grossier ou qu’un Ducobu ridicule, il s’agit d’un personnage de premier rang interprété avec une rigueur irréprochable. Derrière un caractère bien trempé et généralement enjoué, Tomasi constitue une figure complexe avec ses zones d’ombres. Une part d’obscurité qui ressurgit en point d’orgue comme un violent coup de gong, tandis que l’on voit une dernière fois le visage du personnage. Un adieu certes attendu, mais qui n’en demeure pas moins difficile. 


Dans Le péril jeune, le lycée n’est pas seulement le cadre dans lequel se déroule l’action. Il s’agit d’une véritable métaphore sociétale. Tomasi, constitue ainsi l’allégorie d’une jeunesse révoltée et marginalisée. Son rejet de l’institution scolaire et sa présence aux manifestations témoignent de ce rejet du système. Encore aujourd’hui, avec le développement d’un certain mépris vis-à-vis des institutions scolaires, Le péril jeune résonne comme une œuvre moderne, malgré son aspect on ne peut plus, rétro. C’est là que réside toute la force du film. Les personnages sont très sympathiques et on s’imagine à leurs côtés à chaque nouvelle séquence. L’ensemble du film est marqué par une énergie profondément nostalgique, ce qui peut s’expliquer par sa dimension autobiographique. La bande son très rock et le grain de la pellicule nous ramènent définitivement dans les années 70. 

C’est tout ça, Le péril jeune ; un film qui en trouvant sa place dans ce top se7en, plus de trente ans après sa sortie, nous a rappelé combien le temps passe vite. 


Un film cultissime à jamais dans nos cœurs, le Péril Jeune de Cédric Klapish
Un film cultissime à jamais dans nos cœurs

 

2. L'écume des jours (2013), la poésie à son apogée 


Oui, vous avez bien lu. L’écume des jours est d’après nous, l’un des film les plus poétiques jamais réalisé.

Que ce soit dans la beauté détonnante de ses couleurs ou dans l’absurdité métaphorique de ses séquences, le chef-d'œuvre de Michel Gondry fait toujours pousser une fleur dans notre petit cœur battant par sa douceur, son énergie, son ingéniosité et sa puissance dramatique. Si nous sommes évidemment d’immenses amateurs d’Eternal Sunshine of the Spotless mind, comme en témoigne la place occupée par le film dans notre top se7en sur Jim Carrey, L’écume des jours est d’après nous, la quintessence de la folie créatrice de Michel Gondry.


On y perçoit notamment cette atmosphère onirique, surréaliste et débridée qui nous plait tant dans les clips que le cinéaste a mis en scène. Les décors et les accessoires eux-mêmes ont un aspect artisanal qui confèrent au film une esthétique presque théâtrale, similaire à celle explorée par le réalisateur avec Bachelorette, l’un des nombreux clips qu’a réalisé Michel Gondry pour Bjork. Couplez cela à la poésie sublime du grand Boris Vian et vous obtenez une œuvre éblouissante qui ne se prive pas de nous en mettre plein la vue et les larmes aux yeux. 


L'écume des jours est qui plus est porté par un casting étonnant. Aux côtés de Romain Duris, on retrouve notamment Omar Sy et Gad Elmaleh.

Le film marque également la quatrième collaboration de l'acteur avec Audrey Tautou, après la trilogie de Cédric Klapisch (décidément) composée de L’auberge espagnole, Les Poupées russes et Casse-tête chinois

Avec L’écume des jours, l’actrice signe d’ailleurs probablement l’une des performances les plus déchirantes de sa carrière. 

Face à elle, Romain Duris nous livre une fois de plus une interprétation toute en justesse et en sincérité. La mélancolie, la douceur et l’amour ressenti par son personnage sont exprimés avec splendeur et Romain Duris devient un personnage romanesque et romantique. L’arnacoeur a encore frappé. Assagi certes, mais il parvient toujours à effleurer notre cœur nénuphar. 

 

Une œuvre d’une poésie extrême mise en scène par le réalisateur d’Eternal Sunshine of the Spotless Mind
Une œuvre d’une poésie extrême mise en scène par le réalisateur d’Eternal Sunshine of the Spotless Mind

LE SAVIEZ-VOUS ? Ce n’est autre que Michel Gondry qui a réalisé le célèbre clip du tube interplanétaire Around the World des Daft Punk. Un clip marqué par un sens du rythme tout simplement indicible qui poussera The White Stripes à faire appel au metteur en scène pour leur non moins célèbre The hardest Button to Button qui marquera lui aussi le paysage audiovisuel. 


1. Une nouvelle amie (2014),  


Si à prime abord, Une nouvelle amie n’est probablement pas le film qui nous a le plus séduit dans la filmographie de Romain Duris de par son accessibilité assez relative, il faut bien reconnaitre que l’acteur y signe probablement sa métamorphose la plus marquante. Une nouvelle amie est en effet un film pour lequel la qualification de “perché” relève presque de l’euphémisme. Nous n’en attendions pas moins de François Ozon qui a toujours l’art de nous surprendre en représentant des personnages et des thématiques, on ne peut plus complexes. Dans son traitement des différentes thématiques explorées, Une nouvelle amie est un film particulièrement perturbant, voire dérangeant. 


Dans un premier temps, Une nouvelle amie suit la vie de Claire, endeuillée après le décès de sa meilleure amie.

Après avoir renoué avec David, le mari de cette dernière, Claire découvrira que celui-ci se travestit en femme. Finalement, si le personnage de Claire interprété par Anaïs Demoustier, est d’abord placé au premier plan, il se fait rapidement voler la vedette par Romain Duris.

La puissance de l’interprétation de l'acteur y est en effet à la fois intérieure et extérieure. L’acteur ne fait pas que s’habiller en femme ; progressivement, son comportement évolue et il devient véritablement de plus en plus efféminé.

David et Virginia semblent devenir deux personnages distincts ; un phénomène accentué par Anaïs Demoustier qui leur voue un regard et une attirance bien distincte. Romain Duris parvient de fait, à effectuer une mue complexe sous une peau neuve et serpentant. La justesse de son interprétation permet à son personnage de conserver toute son ambivalence et sa richesse sans basculer dans les lourdeurs où les clichés. 


Romain Duris se métamorphose devant la caméra de François Ozon 
Romain Duris se métamorphose devant la caméra de François Ozon 

 


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