TOP SE7EN – Une rétrospective Tarantinesque pour la sortie en grande pompe de The whole bloody affaire
- gaspardflory
- 8 juin
- 14 min de lecture

La sortie en grande pompe le 8 juillet de la version intégrale de Kill Bill sobrement initulé The whole bloody affaire au cinéma promet de faire couler des litres de sang.
Chez Lumières Critique, nous avons donc tout naturellement eu envie de célébrer cette occasion avec un grand banquet. Au menu, nous avons prévu quelque chose d’assez modeste : un big kakuna burger, suivi d’un milkshake et d’une part généreuse de strudel. Cerise sur le gateau, voici un nouveau Top Se7en tout droit sorti du four.
Ne vous en faites pas, vous êtes invités au banquet et nous avons pensé à toute une ribambelle d’activités.

7. Pulp fiction (1994), une bouchée de Big Kakuna Burger et un Milkshake à cinq dollars
Comme promis, commençons par une bonne bouchée de big Kakuna burger, car comme l’a dit Samuel Jackson lui-même : “This is a tasty burger”.
Lorsque l’on parle de Pulp Fiction, il ne s’immisce jamais de “silence inconfortable”, tant l’esthétique et les dialogues du film sont aujourd’hui devenus cultissimes.
Aucun doute, Quentin Tarantino est un grand écrivain et excellent dialoguiste. Ce n’est pas pour rien que son scénario, co-écrit avec Roger Avary, lui offrira un oscar du meilleur scénario original. Maintenant, la question qui se pose est assez simple :
Tarantino méritait-il sa statut dorée ?
Totalement. Avec Pulp Fiction, le réalisateur est parvenu à créer un univers et des personnages absolument uniques. Comme il le dit souvent lui-même, Tarantino ne ferait qu’imaginer les personnages et les laisser dialoguer librement entre eux. Génie ou égo démesuré ? N’extrapolons pas, mais les deux vont souvent de pair.
Les personnages de Pulp Fiction, sublimés par un travail actoral remarquable, semblent parler et se mouvoir avec une sorte de liberté et de naturalisme somme toute assez époustouflants. N’oublions pas que Samuel Jackson a tout de même reçu un BAFTA pour sa performance. Ajoutez à cela, un soin tout particulier apporté aux accessoires et aux costumes, ainsi qu’une colorimétrie très rétro, et on comprend sans mal pourquoi le film a marqué notre vision du cinéma. Pulp Fiction jouit qui plus de décors qui suent la classe, est d’une excellente bande originale avec notamment du Dick Dale et du Chuck Berry.
Alors finissez votre milkshake et rejoignez Uma Thurman et John Travolta sur la piste de danse.
LE SAVIEZ-VOUS ? David Wasco, chef décorateur de Pulp Fiction retravaillera avec Tarantino sur Jackie Brown, Kill Bill et Inglorious Basterds. Il travaillera également avec Wes Anderson pour Rushmore et La famille Tenembaum, mais surtout avec Damien Chazelle pour La la land qui lui vaudra de nombreux prix.

6. Reservoir Dogs (1992), let’s dance !
Nous ne pouvions aborder la danse dans les films de Tarantino sans nous arrêter un instant sur la danse goguenarde et endiablée de Mr. Blonde au rythme un peu trop joyeux de la chanson Stuck in the middle with you. Pourquoi ?
Eh bien, puisque dès son premier long-métrage, le jeune Quentin Tarantino, alors âgé de seulement 29 ans, ne se laisse pas marcher sur les pieds.
Il nous pond un premier film qui s’impose rapidement comme culte et qui condense déjà bien des procédés qui seront récurrents dans son cinéma. Lesquels ? Eh bien, commençons par le commencement en parlant du casting.
On retrouve notamment Harvey Keitel qui fera son retour dans Pulp Fiction, Tim Roth qui reviendra pour Pulp Fiction et Les huit salopards, et enfin Michael Madsen, avec qui Tarantino collabera à nouveau pour Kill bill 2, Les huit salopards, et Once upon a time in Hollywood.
Deuxième élément clé du cinéma tarantinesque présent dès Reservoir Dogs, la richesse de la bande originale composée essentiellement de morceaux de rock et de jazz... Puis, vous l’attendiez, nous ne pouvions pas parler du style cinématographique Tarantinesque sans parler du goût de Tarantino pour les effusions hémoglobines. Le sang tapisse les murs, salit les chemises... Torture, duels au revolver... Faut-il vraiment préciser aux âmes sensibles de s’abstenir dans un top SE7EN dédié à Tarantino ? Reservoir Dogs marque également le début de la longue collaboration du réalisateur avec Sally Menke. Collaboration qui continuera jusqu’à Inglorious Basterds, avant le décès de la monteuse en 2010 et à laquelle on doit l’excellent montage déstructuré de Reservoir Dogs et Pulp Fiction. Un découpage qui donne aux deux chefs-d'œuvre, la narration d’un film choral.
La façon dont Tarantino représente ses différents personnages est d’ailleurs probablement l’une des plus grandes qualités du film. Dès la séquence d’ouverture, il nous serre une bonne séquence de blabla comme il sait si bien les écrire. Les dialogues sont assez trash et on se prend au jeu, avant de remarquer que Tarantino nous en a déjà dit énormément sur le caractère de ses personnages en une seule séquence. Nous ne vous gâcherions néanmoins le plaisir de constater le phénomène par vous-même pour rien au monde. Alors, foncez revoir Reservoir Dogs et analysez bien les différents personnages. Vous verrez derrière les fusillades et les oreilles coupées, la minutie et le sens du détail d’un chef d'orchestre hors-pair.
LE SAVIEZ-VOUS ? Tarantino qui devait initialement jouer le rôle de Mr. Pink refusait obstinément de laisser le rôle à Steve Buscemi. Convaincu par le talent de l’acteur, il changera finalement d’avis et lui annoncera sa décision dans un cadre assez particulier, à savoir... aux toilettes.

5. Inglourious Basterds (2009), attendez la crème...
En 2009 sort Inglourious Bastards sur lequel Tarantino travaille d’arrache-pied depuis près de dix ans.
Le film suit une multitude de personnages marqués et bien écrits. Au troisième plan, les basterds : un groupe de résistants brutaux et impitoyables commandés par un Brad Pitt, parait-il assez créatif, un couteau en main.
Ne vous fiez pas à leur maitrise très fragile de l’italien, car les basterds sont loin de faire dans la dentelle. Au deuxième plan, Mélanie Laurent met littéralement le feu à l’écran et signe probablement là l’une des plus belles performances de sa carrière. Une interprétation toute en retenue et en discrétion.
Sa froideur cache sa colère sourde et muette. Pas de doute, après Kill Bill et Boulevard de la mort, Quentin Tarantino nous prouve une fois de plus son attirance pour les héroïnes vengeresses. Ne lui en tenons pas rigueur. Qu’est-ce que nous aimons ces personnages féminins ! Rassurez-vous. Shoshanna Dreyfus est non loin de Mia Wallace dans notre bible cinématographique.
La programmatrice incendiaire peut en effet se vanter de se maquiller sur la chanson Cat People (Putting out the fire) de David Bowie dans une séquence très rouge. Enfin, au premier plan, pèse l’ombre des nazis. “C’est toujours les nazis qui ont le beau rôle” disait Richard Sammel dans OSS 117.
Ironie du sort, l’acteur sera amené à revêtir une nouvelle fois son costume pour Inglourious Basterds. Ce sont de plus, bel et bien les nazis qui retiennent toute notre attention dans le sixième film de Quentin Tarantino.
Leurs étendards flottent au vent, et leurs soldats tantôt cruels et calculateurs, tantôt ridicules, sont omniprésents tout le long du film. Une ombre en particulier se détache de cette foule de capotes grises : celle de Hans Landa, le chasseur de juif le plus célèbre du cinéma. Aussi enjoué qu’inquiétant, celui-ci à offert à son interprète, un césar, un Golden Globe, un Bafta, et un prix d’interprétation masculine. Rien que ça ! Il faut dire que Hans Landa a changé à jamais notre image du sociopathe au cinéma. Christoph Waltz a en effet restitué à merveille, le comportement manipulateur et imprévisible de son personnage.
That’s a bingo !

4. True Romance (1993), une sortie ciné avec Terence et Alabama
Oui, l'amour que nous portons au film True Romance nous a poussé à élargir un peu le cadre restreint du Top Se7en.
Le chef-d'œuvre réalisé par Tony Scott, et écrit par Quentin Tarantino et Roger Avary, nous a marqué par son casting détonnant et son esthétique vivace. La qualité du scénario couplé à la beauté des visuels nous donne à chaque visionnage l’envie de nous replonger dans les années 90.
Aucun doute, le frère de Ridley Scott a réuni devant sa caméra un cas: Christopher Walken, Samuel Jackson et même Brad Pitt. Fait assez amusant quand on sait que les deux premiers retravailleront avec Quentin Tarantino pour Pulp Fiction, et le dernier pour Inglourious Basterds et Once upon a time in Hollywood.
Et pour cause, voir Brad Pitt interpréter un colloc complètement défoncé est franchement jouissif.
On notera également la performance une fois de plus incroyable, de Gary Oldman. Comme il volait la vedette à Jean Reno dans Léon, l’acteur dérobe à nouveau notre regard. Néanmoins, c’est en réalité, moins nos yeux que nos oreilles, que Gary Oldman range dans son tiroir-caisse.
La voix de l’acteur est en effet méconnaissable et permet de rendre sa métamorphose encore plus fascinante. True Romance s’impose finalement comme le film le plus sous-estimé qu’ait écrit Quentin Tarantino.
Dommage, car celui-ci est bourré de pépites cachées qui lui permettent d’atteindre la quatrième position de ce top.
On pense à la scène de la rencontre entre Alabama et Terence au cinéma, qui demeure encore aujourd’hui l’une de nos séquences préférées au cinéma, tant celle-ci transpire un amour cinéphilique viscéral. On pense à la théorie de Dennis Hopper sur l’origine des siciliens. On pense à la séquence du meurtre de James Gandolfini par Patricia Arquette. De plus, le film jouit encore une fois de cette esthétique rétro, accentuée par le grain de la pellicule et par une colorimétrie bariolée. Tarantino présente True Romance comme son film le plus personnel et on comprend rapidement pourquoi.
Bref, True Romance, c’est une romance qui est loin d’être ordinaire, c’est un chef-d'œuvre impérissable dans nos cœurs

3. Once upon a time... in Hollywood (2019), pourquoi ne pas se reposer au bord de la piscine ?
Comment ignorer le 9ème film de Tarantino ? Sorti en 2019, le film, malgré un accueil assez mitigé, effectue le meilleur démarrage jamais réalisé pour un film de Tarantino en récoltant près de 40,35 millions de dollars pour son premier weekend d’exploitation au box-office Américain.
Au même titre que son ouvrage Cinema Speculations, Once upon a time... in Hollywood témoigne de l’amour profond que porte Quentin Tarantino au cinéma.
Comme l’avaient fait David Lynch avec Mulholland Drive et comme le ferait plus tard Damien Chazelle avec Babylon, le réalisateur a projeté une pellicule d’étoiles dans nos yeux en traçant un tableau joliment contrasté de l’industrie Hollywoodienne.
Le film est qui plus est servi par un casting que seul un réalisateur de l’envergure de Tarantino aurait pu réunir.
Devant sa caméra : des grands acteurs qui la jouent plus discrets comme Al Pacino, Kurt Russel ou encore Bruce Dern ; des grands acteurs qui la moins discrets comme Leonardo DiCaprio, Brad Pitt ou encore Margot Robbie ; ainsi que des stars en devenir comme Margaret Qualley, Austin Butler, Mikey Madison, ou encore Sydney Sweeney.
Leonardo DiCaprio devient Rick Dalton, un acteur au bord du gouffre, obsédé par sa peur d’être ringard.
Une mise en abîme qui aurait pu être traitée avec la subtilité d’un 36 tonnes, mais que Quentin Tarantino traite avec un soin qui fait plaisir à voir. Il est plaisant de voir celui qui embrassait Kate Winslet à la proue d’un bateau, se changer en tueur de nazi, exhibant son lance-flamme.
Séquence assez ironique d’ailleurs quand on sait que Leonardo DiCaprio avait postulé pour interpréter Hans Landa dans Inglorious Basterds. Nous ne saurions décrire le plaisir que nous avons ressenti en voyant Leonardo DiCaprio s’immiscer dans des films cultes des années 50, ou encore dans la pub de cigarettes Red Apple.
Comme l’avaient fait les frères Vic et Vincent Vega dans Reservoir Dogs et Pulp Fiction, cette séquence nous montre l’étendue de l’univers artistique de Quentin Tarantino. Un univers dans lequel se déroulent, pas moins de neuf histoires qui sont finalement toutes plus ou moins liées. Avec l’annonce de la sortie des Aventures de Cliff Booth, décalée de cet été au mois de novembre, nous ne pouvions omettre de parler de la performance de Brad Pitt. Son interprétation du cascadeur le plus cool de Hollywood lui aura valu un Bafta et un oscar qui en disent long sur la qualité de son interprétation.
En plus de ce casting de haute volée, on notera la grande qualité des décors signés Barbara Ling et des costumes signés Arianne Phillips.
Grand amateur des chemises hawaïennes, le rédacteur de cet article n’a pas manqué d’exprimer sa jalousie au vu de la superbe chemise de Cliff Booth.
Les costumes et les décors occupent une place importante dans la reconstitution historique, Quentin Tarantino ayant voulu tourner dans des vrais décors Hollywoodiens, à défaut d'avoir recours à un fond vert.
Cet aspect artisanal du cinéma de Quentin Tarantino est devenu moteur dans sa filmographie et se mêle à merveille à son excentricité et à son esthétique nostalgique.
Si le film a pu déplaire à bien des fans, de par son énergie moins explosive et son rythme un tantinet plus posé, nous avons grandement apprécié son atmosphère rétro et la qualité de sa reconstitution historique. Les visuels et plus précisément les décors, apportent à merveille, cette dimension romancée, et sont sublimés par un jeu de couleur chaud et détonnant. Le teaser de la série des Aventures de Cliff Booth, marqué immédiatement par une obscurité inhérente au cinéma de Fincher, nous a permis encore une fois d’observer à quelle point la vivacité des couleurs occupait une place centrale dans l’esthétique de Tarantino.
De plus, si la violence, presque pléonastique lorsque l’on parle des films de Tarantino, met du temps à surgir, son déferlement est jouissif est capturé à merveille. Les mouvements de caméras à la fois fluides et virevoltants y sont effectués d’une main de maitre, et il apparait au cours de cette séquence qui casse littéralement la baraque, que Once upon a time s’impose finalement bel et bien comme une œuvre pleinement tarantinesque.

2. Django Unchained (2012), une partie de tir à la carabine
Faut-il vraiment prouver l'amour profond de la rédaction pour Django Unchained ? Le film s’était déjà trouvé en fort bonne posture lors de notre Top Se7en dédié à Leonardo DiCaprio. Django Unchained est en effet, un film qui relève presque d’un rêve de gosse, que ce soit celui du réalisateur comme celui du spectateur.
Pourquoi ? Eh bien, par ce que les deux vont de pair.
Lorsque l’on redécouvre un film de Quentin Tarantino au cinéma après seulement trois ans d’absence, on est aux anges de voir que le réalisateur a toujours cette énergie juvénile, non seulement dans la cadence avec laquelle celui-ci réalise ses films ou dans la rigueur de ses directions, mais surtout dans le parfum de sa pellicule.
Humez-la, rien qu’un instant, vous sentez ce fumet à la fois délicat et corsé ? C’est le fruit de la passion d’un réalisateur qui fait des films non seulement pour le spectateur, mais aussi pour le petit garçon enfoui en lui. Inutile de rappeler l’amour inconditionnel que porte le réalisateur au cinéma de Corbucci. Quentin Tarantino l’a abordé à maintes reprises, prenant même la parole dans un documentaire dédié au grand cinéaste italien. Les amateurs de western sauront que Django Unchained est un hommage, pour ne pas dire un “remake” du Django réalisé par Corbucci en 1966. Tarantino y ajoute néanmoins son esthétique plus chargée qu’un six coups, et ses dialogues qui brûlent la langue. Juger les dialogues de Django Unchained vulgaires, serait presque un manque de connaissance de la filmographie de Quentin Tarantino.
Certes, le film est particulièrement lourd en propos et en sous-entendus racistes.
Néanmoins, comment aurait-il pu en être autrement dans un film où l’esclavage est au cœur de la narration ? Ce qui est plus surprenant, c’est sans doute l’évolution des dialogues de Tarantino d’un film à l’autre. Qui eut cru au visionnage de Pulp Fiction, que Tarantino écrirait un jour une séquence dialoguée autour... d’Alexandre Dumas ?
Sur le plan esthétique, Django Unchained est probablement, d’après notre humble avis, l’un des plus beaux westerns jamais réalisés, non loin derrière Le grand silence. Quentin Tarantino réunit qui plus est des morceaux de genres divers dans une bande originale encore une fois riche et exaltante...

1. Kill Bill (2003 - 2004), la cerise sur le gâteau
Kill Bill, c’est l’épopée sanglante d’une mariée vengeresse et flamboyante. Ce sont deux films de près de trois heures qui mêlent les genres du western et du film de samouraï sous une couche de peinture rouge sang, jaune, et blanc.
Commençons par le premier volume. Des deux volumes, il s’agit sans nul doute du film qui nous a le plus séduit et qui a permis à Kill Bill de s’élever à la première place de ce classement.
Nous avons toujours grandement affectionné la sincère cinéphilie qui ressort des films de Tarantio. En témoigne ici des séquences à mi-chemin entre le cinéma de kung-fu hongkongais et la Pinky Violence japonaise, ce dont témoignent les similitudes assumées entre Kill Bill et la série culte Elle s’appelait Scorpion. Le choix de l’actrice Chiaki Kuriyama en témoigne également.
On ne pouvait en effet faire un article sur Tarantino sans s’arrêter sur l’un de ses plus importants films de cœur : Battle Royale de Kinji Fukasaku. Lorsque Tarantino écrit le personnage de Gogo, il s’inspire directement de l’étudiante sadique interprétée par Chiaki Kuriyama qui l’avait subjugué dans Battle Royale.
Même la sirène qui retentit lorsque l’on croise le regard de la mariée est en réalité issue du thème de la série policière Ironside.
Cet hommage vibrant au cinéma est sublimé par des scènes de combat chorégraphiées d’une main de maitre par Yuen Woo Ping, célèbre collaborateur de Jackie Chan. Chaque impact est ressenti et nous fait frissonner de plaisir sur notre siège.
On redevient alors cet enfant trépignant de plaisir, tandis que la mariée tue un à un les crazy 88. Kill Bill jouit qui plus est d’une grande diversité de styles de combat : en duel ou entouré de près de cent figurants, à main nue ou katana en main.
Les acteurs ont en effet eu une véritable initiation au maniement du sabre par le célèbre acteur japonais Sonny Chiba en personne. Un tonnerre d’applaudissement également pour Uma Thurman qui fut amené à réaliser une grande partie de ses cascades elle-même. Si vous êtes passionnés par le cinéma de Quentin Tarantino, vous savez que celle-ci aura d’ailleurs un violent accident de voiture lors du tournage du second volet.
Une fois de plus, le film est porté par une bande son fracassante constituée notamment des morceaux Bang bang de Nancy Sinatra et Battle without honor or humanity de Tomayasu Hotei déjà utilisée dans le film japonais Another Battle. Ce morceau absolument fracassant est inhérent à l'introduction des Crazy 88 qui demeurera à jamais l’une de nos séquences préférées du cinéma. Pour quel motif ? Pour son montage dynamique et au rythme de la musique fracassante de Tomayasu Hotei et par son cadrage au ralenti qui donne presque l’impression que les crazy 88 flottent au-dessus du sol. La séquence d’ouverture dans un superbe noir et blanc figure également dans nos références impérissables. Absolute cinema.
Si, vous l’aurez sans doute compris, le deuxième volet de Kill Bill peinera à nous toucher avec la même intensité, il s’agit évidemment d’une suite sensée et réalisée d’une main de maitre. On est ravis de revoir Michael Madsen devant la caméra de Tarantino et de voir le personnage d’Elle Driver campée par Daryl Hannah, gagner en profondeur.
La confrontation finale avec Bill, tant attendue, nous surprend par le mélange de douceur et d’amertume exprimés entre les deux personnages.
Malgré sa cruauté, Bill a un caractère doux et mélancolique qui rendent son personnage presque séduisant, voire touchant.
Le personnage parle lentement et prend le temps d’appuyer chaque mot, ce qui souligne l’importance de son propos.
Son éloquence et ses cheveux longs, grisonnants et détachés lui donnent une aura de sage. Face à la mariée, Bill ressemble presque davantage à une figure paternelle qu’à un véritable némesis. Lorsqu’il est mortellement blessé par La technique du Coeur explosé par la paume à cinq pointes, la musique passe d’un ton épique à un ton profondément mélancolique. La séquence montre alors toute la complexité de leur relation.
Les deux personnages échangent posément avec un mélange de tristesse et de tendresse, riant et échangeant ensemble une dernière fois. L’amour qu’exprime Bill à la mariée est interprétée de façon très touchante par David Carradine.
Face à lui, Uma Thurman est tout simplement désarmante, les larmes aux yeux.
Leur affection s’exprime même physiquement par un effleurement de mains d’une grande douceur. Enfin, quand Bill accepte son destin et sa mort, il se relève et remet sa veste au rythme d’une musique redevenue épique.
Les deux personnages échangent un dernier regard, un dernier sourire. Bill s’éloigne, sans mot dire, et tombe sans pousser le moindre cri, les yeux rivés vers le ciel avec un mélange de mélancolie et de contemplation. Finalement, la confrontation physique entre les deux personnages est brève : même pas vingt secondes, car le véritable enjeu de la séquence est de montrer la mentalité des personnages et la profondeur du lien qui les unit et les oppose. Une autre de nos séquences préférées est évidemment celle où Uma Thurman essaye de sortir d’un cercueil où elle a été enfermée, avant d’être enterrée vivante. Là où la séquence de clôture nous touche davantage par sa force scénaristique, celle-ci relève davantage d’une prouesse de mise en scène. Le contraste entre lumières est très prenant visuellement et la scène est sublimement anxiogène et claustrophobique. On aurait aussi pu parler du duel entre la mariée et Elle Driver et de bien d’autres scènes de Kill Bill, mais nous n’en aurions jamais fini, car l’épopée sanglante de la mariée est plus qu’un péché mignon. C’est un grand moment de cinéma !

En la mémoire de Sonny Chiba décédé, il y a déjà cinq ans, du Covid-19, je souhaiterais terminer cet article dédié au cinéma tarantinesque par une de ses citation qui résume de façon intéressante le cinéma et le travail actoral.
"le corps d'un acteur doit être plein d'émotions, qu'il s'agisse de bonheur, de chagrin, où de douleur, de joie, où d'exaltation. Tu dois t'exprimer avec tout ton corps . L'action est un drame, si nous ne pouvons pas faire rire, sourire, où faire pleurer le public avec nous, nous ne sommes pas des acteurs"
Sonny Chiba




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