Michael-Qu'en pense la rédaction ?
- Thibault Jeanroy

- 27 mai
- 8 min de lecture
Dernière mise à jour : 8 juin

En cet an de grâce 2026, où le cinéma est encore et toujours marqué par un déferlement de biopics à la qualité narrative toute relative, déboule Michael, une œuvre qui promet d’être dansante et de sentir bon le rock.
Proposer un film sur le Roi de la Pop ne pouvait que faire grand bruit, et nous ne pouvions nous abstenir d’y dédier un article.
Alors mettons les points sur les i et revenons-en, en moonwalk, Michael l’oblige, à notre découverte du film...Et toute la rédaction s'y est mise finalement
Mais alors ? Finalement, qu’en dire ?
La critique de Gaspard
Aucun doute possible, Michael Jackson est un immense artiste musical, et la sortie d’un biopic en son honneur nous a confirmé son évidente immortalité. Sûr que le Roi de la Pop gardera sa couronne aux yeux de bien des générations. Suite à la sortie du biopic, Michael Jackson est en effet devenu l’artiste le plus écouté sur Spotify, dépassant ainsi Justin Bieber. Dans cette mesure, il faut bien reconnaître qu’il est plutôt agréable d’écouter les titres du chanteur avec la qualité acoustique d’une salle de cinéma.
La reconstitution des différents clips et concerts de Michael Jackson est, qui plus est, assez impressionnante. Il faut bien reconnaître que la qualité de la métamorphose de Jaafar Jackson est impressionnante, presque fantomatique. Si, contrairement à une idée reçue, la majeure partie des chansons a été effectuée en playback, l’acteur demeure incroyable dans son interprétation. Sa voix ressemble à s’y méprendre à celle de son oncle et ses compétences impressionnantes en danse nous éblouissent du début à la fin du film.

La véritable fragilité du film naît sans doute davantage de la genèse du projet lui-même. Comme nous nous l’étions demandé à la sortie de Joker: Folie à Deux, on peut questionner la nécessité même d’un tel film.
Inutile de préciser que réaliser un biopic sur une personne aussi auréolée de mystères et de théories du complot que Michael Jackson revenait immédiatement à se planter une grosse épine dans le pied.
Les biopics attisent toujours l’indignation, mais aucun doute que placer Michael Jackson et tous les faits dont il a été accusé au centre du débat allait déclencher quelques joutes.
Sortir Michael à une époque où les dossiers Epstein restent une actualité brûlante risquait, qui plus est, de creuser encore davantage l’écart entre les différents camps.
Si bien des spectateurs défendent le film, justifiant l’absence de toute accusation envers le protagoniste par une volonté de véracité chronologique — les premières accusations ayant eu lieu bien plus tard — ne nous voilons pas la face… John Branca, ex-avocat de la star, et John McClain comptent parmi les principaux financeurs du film et ont fermement tenu à ce que toutes ces accusations soient passées sous silence.
La narration apparaît alors comme trop manichéenne, et la complexité de la figure de Michael Jackson est abandonnée pour en faire un personnage suave, doucereux, plat et faussement innocent… Un Peter Pan disneyen dépouillé de toutes ses zones d’ombre et d’insalubrité pour devenir un héros sympathique et touchant.
Finalement, comme le montre la structure même du film, on passe davantage de temps à agiter nos mouchoirs qu’à faire tourner les serviettes. On comprend vite le procédé, et le film tourne en rond comme un vinyle rayé.
C’est désagréable ; et si quelques séquences nous font davantage frissonner, ce genre de films à faire pleurer dans les chaumières donne surtout envie de claquer la porte vite fait, bien fait.
Il est, qui plus est, très agaçant de voir un film prétendre critiquer les producteurs véreux de l’industrie musicale quand on voit la cupidité des producteurs de biopics. Quel culot ! C’est comme si le Roi-Soleil avait écrit Le Corbeau et le Renard pour se la jouer sans-culotte. Faites ce que je dis, pas ce que je fais !
Une belle morale supplémentaire. Une morale qui sent le réchauffé, qui plus est, Bohemian Rhapsody s’y étant déjà mordu les doigts. Pas de doute, ce biopic qui n’en est pas vraiment un coche pas mal de cases du pot-pourri.
Il ne resterait plus qu’à en faire une suite afin d’atteindre véritablement les sommets… Non… Impossible… On croit rêver. Eh si ! Rassurez-vous, chers spectateurs, une suite est annoncée dès la fin du film.
“Don’t Stop ’Til You Get Enough” ? C’est-à-dire qu’il faudrait peut-être s’arrêter tant qu’il en est encore temps...
La critique de Mael
Le film Michael d’Antoine Fuqua était à peine sorti qu’il faisait déjà débat autour des scandales et des superstitions entourant le personnage et l’artiste connu comme le Roi de la Pop.
Dans cette critique, je n’aborderai pas les débats que le film a provoqués quant aux scandales passés de la vie du chanteur, tout simplement parce que le film ne les aborde pas et ne les inclut pas dans sa temporalité, même s’il a été explicitement dit qu’il devait initialement les évoquer.
J’ajoute également que je ne juge pas l’homme qu’était MJ, mais bien le film en lui-même.
Le film aborde donc l’avènement de Michael Jackson par le prisme de sa prise d’indépendance vis-à-vis des projets que son père avait pour lui et ses frères.
Le film passe ainsi par les débuts des The Jackson 5 et les violences commises par le patriarche Joseph Jackson, joué par Colman Domingo, qui livre une performance remarquable au point de faire véritablement haïr le personnage qu’il incarne.
Puis, après un saut dans le temps, nous suivons la prise d’indépendance de Michael, la création de son premier album solo, puis du second, avec notamment une partie du célèbre clip Thriller recréée pour le film dans le véritable décor du court-métrage de John Landis.
Le film traite selon moi de la prise d’indépendance et de l’émancipation artistique, mais également des relations familiales toxiques et des abus de pouvoir d’un parent sur son enfant.
Le film s’attarde néanmoins sur des points non essentiels, tels que le syndrome de Peter Pan ou encore son amitié avec ses animaux de compagnie, qui ne sont pas suffisamment développés ni pertinents pour le récit, contrairement à certains passages consacrés au business musical à travers les personnages de John Branca, interprété par Miles Teller, ou encore Walter Yetnikoff, interprété par Mike Myers.
Le rôle de Michael a été très justement attribué à son neveu Jaafar Jackson, qui a réussi selon moi à incarner son défunt oncle avec une telle précision sur scène que j’ai personnellement cru voir Michael Jackson avant de me rendre compte que ce n’était pas lui.
Pour ce qui est de la chorégraphie du film, on sent bien que la volonté de correspondre au maximum à l’original est présente et même indispensable, et le fait que l’acteur principal soit danseur à la base a énormément aidé cette fidélité chorégraphique.
La musique du film est bien évidemment entièrement tirée de l’œuvre de Michael Jackson et des Jackson 5, bien que l’on sente par moments que les véritables chansons aient été superposées aux prestations de Jaafar Jackson. De ce point de vue, le film reste, comme Bohemian Rhapsody et Rocketman, un “film-playlist” musical racontant l’histoire de son artiste.
Pour conclure, ce film, au-delà d’être déjà l’un des biopics musicaux les plus rentables de l’histoire, est une histoire de libération et de prise d’indépendance inspirante, qui réussit parfaitement son casting et son récit en se concentrant sur une période importante de la vie de Michael Jackson, avec une fidélité artistique notable et une bande sonore toujours aussi efficace malgré les années.
Néanmoins, plusieurs points noirs persistent, comme certains éléments dispensables pour l’histoire qui ne sont même pas suffisamment développés pour être correctement pris en compte, ainsi que des erreurs historiques classiques des biopics, qui cherchent avant tout à faire découvrir l’histoire de leurs personnages sans avoir pour objectif d’être totalement fidèles à la réalité.
La Critique d'Arthur
Les biopics sur les stars de la chanson reviennent en force. Après Elvis, Rocketman et Bohemian Rhapsody, c’est au tour de Michael Jackson, avec sa voix surréaliste et sa mythique danse des pieds, d’avoir son propre film.
Avec Jaafar Jackson (lui-même membre de la famille du chanteur) dans le rôle-titre, le long-métrage retrace ses débuts avec les Jackson Five jusqu’à son avènement en tant que superstar internationale en 1988, avec un bon gros lissage masquant les aspects les plus sombres du chanteur et de sa famille.
Bien qu’on nous montre Joseph, son père — Colman Domingo, plutôt convaincant dans ce rôle détestable — imposant ses règles strictes et violentes sur la carrière de ses fils, le film reste très édulcoré.
Notre protagoniste est ici dépeint comme un grand enfant fan de Peter Pan et amoureux des animaux, au point d’avoir des girafes dans son jardin.
Le film insiste un peu trop sur le côté artiste incompris et malmené par son propre père, sans toutefois lui offrir de réelle évolution, puisqu’à aucun moment il ne confronte véritablement son père, contrairement à ce qu’il répète pendant toute l’histoire.
Et ce n’est pas le personnage de la mère — Nia Long, correcte dans son rôle —, tantôt trop effacée, tantôt trop protectrice envers son fils, qui va relever le niveau.
Et ne comptez pas non plus sur les frères, qui ne sont là que pour faire tapisserie. En réalité, seul le personnage du garde du corps, véritable père de substitution du protagoniste, parvient réellement à tirer son épingle du jeu.
Le long-métrage n’est toutefois pas dénué de scènes marquantes, comme le tournage du clip Thriller avec les danseurs déguisés en zombies ou encore le dramatique accident où le chanteur se brûle grièvement le cuir chevelu durant une tournée familiale.
Mais les péripéties et les transitions s’enchaînent sans laisser le temps à la respiration ni aux émotions de réellement exister pour les personnages.
Un biopic niais, long, plat et vide d’émotions sincères, malgré une performance correcte de la part de l’acteur principal.
La Critique de Thibault
Où se ranger ? Il est certain que le projet avait autant de chances de cartonner que de déplaire, et c’est effectivement ce qui arrive…
Michael, pour ce qui est de sa première partie en tout cas, pouvait déplaire s’il suivait les codes des innombrables biopics tous semblables, et c’est effectivement le chemin qu’il prend. Sa seule véritable force réside dans le fait que Jaafar Jackson reprenne les traits de son oncle avec une telle précision que c’en est troublant.
Chaque mouvement dégage quelque chose de spécial, donnant automatiquement au film quelque chose de rare, une authenticité que l’on aurait pourtant pu croire artificielle, même à notre époque où l’IA permet ce genre de choses. Ici, pas de doute, c’est bien l’interprète Jackson qui livre une prestation démente.
Si l’on va plus loin, le segment le plus intéressant reste l’opposition qui se forme entre Michael et son frère au fur et à mesure que celui-ci s’émancipe, délaissant le groupe qu’il forme avec sa famille, celui-là même qui lui a permis de révéler son talent unique.
Il s’agit là d’une partie de l’histoire intéressante, qui sera d’une grande importance pour la suite (prévue courant 2027 ?).
Il est tout de même important de rappeler que cette première partie pose les bases, mais n’a qu’effleuré la surface concernant le parcours de l’artiste, et que beaucoup de choses restent encore à dire, notamment sur les mystères qui l’entourent…
Michael est un biopic uniquement porté par son interprète, mais qui ne s’éloigne pas pour autant du biopic classique comme Hollywood a l’habitude d’en produire si souvent. Il pose les fondations d’une suite qui, on l’espère, sera plus éclairante et moins détachée du véritable personnage…
Affaire à suivre, en tout cas….
Le film est toujours diffusé en salles
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