Le Mystérieux Regard du Flamand Rose -Critique d'un film Queer qui fait sensation
- jacquotnoah100
- 23 févr.
- 2 min de lecture

Un premier film est généralement synonyme de fraîcheur dans un paysage cinématographique qui peine à se renouveler. C’est aussi parfois un trop-plein d’idées confuses. Celui de Diego Cespedes, en revanche, est un peu les deux à la fois, sans la confusion. Car les multiples références ingérées forment un objet hybride qui ne copie jamais. Sa richesse n’est pas un fourre-tout indigeste, mais un objet filmique unique, maîtrisé de bout en bout.
Un prix Un Certain Regard bien mérité, donc, pour un cinéaste à l’univers parallèle qui n’en résonne pas moins avec notre réalité.
Film queer flambant rose ou récit sombre sur l’oppression masculine ?
Une région minière du désert nord-chilien dans les années 80. Au milieu de ce vide, une maison perdue abrite une communauté de femmes transgenres hautes en couleur. Le décor semble perdu dans le temps et dans cette grande étendue aride. La « capitale », souvent évoquée dans le film, n’est qu’un lointain fantasme, surtout pour la jeune Lidia, qui vit dans ce groupe avec sa mère, surnommée « Flamant rose », et à travers qui nous suivons le récit.
Mais très vite, la réalité rattrape ce cadre abscon. En effet, la communauté est touchée par une grave épidémie — sida tacitement appelé « peste » — et devient rapidement le théâtre d’une oppression masculine et transphobe. La maladie se transmettrait par ce « mystérieux regard », conduisant les voisins alentour à bander de force les yeux des « pestiférés ».
Le spectateur, lui, n’est pas privé de ses sens. Au contraire, Diego Cespedes les travaille un à un. À travers cette sensorialité, la violence se ressent bien plus qu’elle ne se voit.
D’abord l’odeur de l’oreiller d’une défunte, puis la caresse d’une joue en guise d’adieu, l’écoute attentive d’un témoignage ému et, bien sûr, cette fameuse contamination à travers les yeux, comme un mythe fantastique pour cacher une vérité plus sombre.
En variant les genres avec une aisance consternante, le cinéaste chilien dévoile une richesse cinématographique toujours au service de son propos.
Un ésotérisme lynchien envoûte le récit de séquences nocturnes sublimes.
…qui seront le lieu d’une grande violence avant de prendre des allures de thriller vengeur ou de western spaghetti.
Mais au milieu de tout ce chaos bien orchestré survit un espoir : celui d’une séquence de chant dans un cabaret, d’un tango mère-fille improvisé, d’une valse sans musique, mais surtout de l’amour naissant entre deux jeunes, symbole d’un possible vivre-ensemble qui donne chaud au cœur.
Diego Cespedes livre, pour sûr, une proposition qui marquera l’année !
Le Mystérieux Regard du Flamant rose, à découvrir au plus vite en salles.
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