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Hamnet de Chloé Zhao: le joli vacarme à Oscar.

  • Photo du rédacteur: jacquotnoah100
    jacquotnoah100
  • 25 janv.
  • 4 min de lecture
Jessica Buckley dans Hamnet de Chloé Zhao
Jessica Buckley dans Hamnet de Chloé Zhao

À la toute fin du XVIᵉ siècle, le dramaturge anglais William Shakespeare s’adonne à l’écriture de ce qui sera sans doute l’une de ses pièces les plus importantes : Hamlet.

Si cette tragédie raconte avant tout une histoire de vengeance, c’est aussi un moyen pour le dramaturge de raconter la relation entre un père et son fils.


C’est de cet aspect-là que se saisit Hamnet de Chloé Zhao, adaptation du roman du même nom de Maggie O’Farrell, qui retrace fictivement la rencontre de William Shakespeare avec sa femme Agnès, les trois enfants qui ont suivi cette union puis, et surtout, la mort du fils Hamnet, drame qui a bouleversé la famille, mais aussi inspiré la création d’un chef-d’œuvre intemporel.

Quatre ans après son passage tout sauf évident chez Marvel, Chloé Zhao revient donc avec un drame intimiste porté par Jessie Buckley et Paul Mescal, un projet déjà décoré de deux Golden Globes et bien en route pour être multi-oscarisé. Mais derrière toute cette façade médiatique se trouve-t-il vraiment un film qui en vaut la peine ?


Si l’on dit généralement d’un film qu’il n’est pas sans défauts, je préférerais dire ici qu’il n’est pas absent de qualités. Tel est le ressenti face à un tel gâchis. Un mot fort pour une proposition loin d’être désastreuse, mais un mot parfaitement adapté. Car ce récit passionnant récupéré par Hollywood n’est plus que pathos assourdissant et la talentueuse Chloé Zhao, formatée par les studios, une metteuse en scène au service de ses acteurs.

Vient d’abord la rencontre entre nos deux protagonistes. Très importante donc, car c’est sur cet amour que tient la suite du récit.


Mais déjà, tout est très mécanique, chaque case doit être cochée, tous les ingrédients doivent être là : dès le premier dialogue vient le baiser qui n’a pour utilité que de cadrer en gros plan les jolis acteurs. Puis la scène de sexe, platement filmée dans un plan fixe à distance du couple. Et enfin la grossesse qui force la famille à accepter le mariage. En trente minutes donc, l’amour impossible est devenu possible et l’on peut passer à la suite. Mais le cinéma n’est pas une simple recette de cuisine. Il est d’ailleurs difficile de faire un gâteau seulement en alignant les ingrédients sur la table. Sans incarnation ni substance, il devient difficile de croire à cet amour.


Si toute la suite du récit prend un peu plus son temps, elle forme une sorte d’objet hybride symptomatique de la collaboration auteure-studio. La vie de famille heureuse, qui laisse présager le drame, mène à de très jolies scènes : une pièce de théâtre des enfants pour leur mère, la connexion des deux jumeaux magnifiquement interprétés par les jeunes acteurs ou encore l’enterrement du faucon comme repère d’un lien familial intemporel.


Mais comme la mort rattrape les personnages dramatiques, le studio et la course aux Oscars rattrapent la réalisatrice. S’enchaîne donc une panoplie de scènes dramatiques filmées le plus frontalement possible. Les cris, pleurs, hurlements et scènes éclairées à la chandelle se confondent tous. Jessie Buckley, quasiment animale, est difficilement supportable tant la performance à Oscar se fait sentir. Ainsi, plus que les hurlements de douleur, c’est le silence qui fait pleurer ; l’image des deux jumeaux, endormis côte à côte, chacun espérant mourir à la place de l’autre, reste gravée comme un moment de justesse face à ce vacarme.

Un éclair de douceur donc, dans ce drame tonitruant que sera la mort d’Hamnet, emporté par la peste alors que son père, trop occupé par le théâtre à Londres, n’arrive que trop tard à son chevet.


De la mort d’Hamnet naît donc Hamlet, tragédie cathartique qui permet un tant soit peu à Shakespeare de communiquer une dernière fois avec son fils à qui il n’a pu dire adieu. Naturellement vient la séquence finale, dans laquelle Agnès assiste à la première de la pièce écrite par son mari. Il y a d’abord l’évidence : une séquence magnifique dans laquelle, à travers son œuvre, Shakespeare rend hommage à son fils et permet à sa femme de faire son deuil.

Dans un plan où tout le public pleure face à la mort d’Hamlet, l’art devient alors un mythe, capable de partager la douleur pour mieux la recevoir.

Un moyen aussi pour l’artiste de communiquer lorsqu’il n’y arrive pas, et de dire adieu, enfin, à son fils.


Puis, après les larmes violemment arrachées à notre corps, vient la réflexion.

En l’espace d’une séquence, le personnage dramatique — alors bien entendu incarné par la mère — devient le père, oubliant alors tout du projet d’oublier la grande figure pour raconter celle qui a partagé sa vie. C’est donc l’artiste qui pleure en coulisses, qui, lui seul, réussit à rétablir la connexion du couple et à faire le deuil du fils. La mère n’est plus qu’un membre du public, noyée parmi les visages. Une image qui la relègue à son rang maternel bien ancré tout au long du film dans des codes questionnables. Une séquence qui, à bien des égards, justifie l’absence du père par le devoir d’un homme envers son art.


Conclusion


Avec Hamnet, Chloé Zhao réalise un film trop limité par des codes hollywoodiens. Les quelques moments de grâce sont trop couverts par le tourbillon de pathos qui annexe ce récit familial. Un film aseptisé, parfois même questionnable, qui fait couler des larmes au goût forcé, mais donne, malgré tout, envie de se replonger dans l’œuvre shakespearienne.


Le film est actuellement disponible en salles


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