Entretien avec Castanea l'autrice de la BD "à l'Orée des grands bois"
- Arthur Heulin

- 12 janv.
- 7 min de lecture

Être à la fois l’autrice et la dessinatrice d’une histoire c’est possible ? Oui, comme nous le montre l’autrice Castanea et sa bande-dessinée “À l’Orée des grands bois” en ligne sur l’application webtoon, malgré le temps et l’énergie que ça demande.
Bien que le premier arc de sa BD est loin d’être fini, Castanea a accepté de nous parler des coulisses de son univers à base d'amitiés et de conflits entre humains et esprits de la nature, le tout avec une bonne dose d’humour et de pâtisserie.
Comment est né À l’Orée des grands bois ? Est-ce le tout premier projet que tu as écrit et dessiné ?
Je ne saurais dire de quand date mon tout premier croquis, mais je suis certaine que tout est parti d'un simple défi de dessin via un réel d'Instagram. Il s'agissait de dessiner un personnage de fantasy selon des critères personnels et hop, Amary est née.
Et un jour, j'ai sauté le pas en dessinant pour rire le premier chapitre. Mais c'est loin d'être le premier projet que j'ai écrit ou dessiné, il y en a beaucoup d'autres.
Où as-tu appris à écrire une BD et à dessiner ?
J'ai démarré le dessin toute petite et j'ai continué à étudier les techniques classiques (dessin, aquarelle, pastel...). Mais pour ce qui est de la BD, j'ai appris par moi-même, d'où le tâtonnement permanent et les influences certaines d'autres artistes ou médias. J'écris beaucoup, mais je trouve que le dessin permet de mieux transcrire ce que j'imagine.
Et maintenant que je dois poursuivre cette histoire, je me rends compte que c'est mille fois plus long que le simple texte et je préfère les longs dialogues explicatifs, même s'il faut les éviter !
Qu'aimes-tu dans l’écriture de fiction et dans le dessin ?
Comme beaucoup de monde j'imagine, c'est un exutoire et un moyen d'oublier le quotidien qui semble parfois monotone. Mais ça me permet surtout de faire vivre mes idées et des personnages sur lesquels je m'attarde parfois trop.
Et donc de créer des univers dont je tire toutes les ficelles.
Et comme c'est une passion, c'est tout bonus : je peux écrire et illustrer mes histoires tout en les partageant et en échangeant avec d'autres créateurs.
Comment publie-t-on sur Webtoon ?
Alors c'est plus simple que l'on ne croit ! La seule différence avec la bande-dessinée occidentale, c'est qu'il faut travailler sur un format vertical étroit et très long, donc on change le sens de lecture et l'agencement des cases. Pour ma part, je travaille sur tablette, c'est plus simple. Il existe de multiples plateformes pour publier des webtoons gratuitement :
j'en ai choisi une, j'ai mis le titre, la description, le genre littéraire et voilà, le premier chapitre était publié ! Et maintenant, je dois continuer x)
Tes inspirations pour créer ton univers ?
On pourrait en parler des heures de ça, surtout aujourd'hui, où toutes les histoires semblent se faire écho dans les thèmes et leur mise en forme.
Chez moi, c'est plutôt évident : les mythes et l'art « classique », que j'ai étudié et dont la lecture est une passion depuis toute petite.
Je suis une grande fan de peinture et d'illustration (des estampes à la peinture préraphaélite et ses figures féminines sublimes). Puis évidemment, la littérature fantasy et fantastique, avec Tolkien, Robin Hobb, Lovecraft (et leurs adaptations cinématographiques les plus réussies) et tant d'autres.
Et enfin, le manga et l'animation japonaise, et tout particulièrement les œuvres de Hayao Miyazaki à qui je dois mes films favoris (Princesse Mononoké, Nausicaä, Le château ambulant...). Mais Disney et les films des années 90 aussi, et Alfons Mucha, Edgar Allan Poe, John Howe, bref, j'ai beaucoup de sources d'inspiration !
Et pour tes quatre héroïnes ?
Hum, c'est plus difficile comme question. Amary est issu d'un simple défi de dessin, j'ai créé Astrid et Clarisse pour célébrer la fête des mères et Castanéa est l'incarnation de la Terre et de sa déité. Elles sont toutes des facettes de l'image que je me fais d'une héroïne de conte : elles sont douces et tout en lignes courbes, fortes parce qu'elles portent beaucoup sur leurs épaules et belles parce qu'elles sont inspirées des déesses anciennes et donc idéalisées (Gaïa, Perséphone, Freya, Diane). Il n'y a bien qu'Aralia (la rouquine énervée) qui sort pour l'instant de ce cadre, avec ses boucles cassées et son corps abîmé.
Mais sinon, je crée souvent des personnages en m'inspirant de portraits ou de figures existantes et même d'acteurs ou de personnages que j'aime.
Et je leur rajoute souvent des caractères idiots et un humour douteux...
Pourquoi mettre les dryades en avant dans ton histoire ?
Je devrais répondre que j'aime la nature et que je dessine mieux les corps féminins, voilà. Mais c'est dû à un cumul de détails : j'ai eu les elfes sylvains de Warhammer en figurines, j'adore l'idée d'arbres anthropomorphes (merci Tolkien et ses Ents, mais aussi Grand-mère Feuillage et l'arbre Mojo), j'ai grandi entre la Sologne et les Vosges, et ma déesse préférée reste Artémis et ses chasseresses.
La dryade me permettait de faire le lien entre l'humain et la forêt... ainsi que de dessiner des gens seulement vêtus de feuilles habilement placées !
Aimerais-tu que ta BD soit adaptée au cinéma ? Où en série d’animation ?
Au secours, non (et je suis réaliste quant à la qualité de mon travail et ses répercussions) ! Mais le cinéma quelle horreur, après avoir vu tant d'adaptations ratées ces vingt-cinq dernières années, non ! Sauf si c'est par Peter Jackson ou Guillermo del Toro hahaha !
Mais vraiment, rien que d'imaginer les effets spéciaux et les cheveux feuillus réalistes... Une femme verte de quinze mètres de haut sur un fond vert, non non non xD.
Je fais partie de ces gens fatigants qui pensent que l'illustration comme l'animation se suffisent à elles-mêmes (coucou Disney et les toujours mauvais live action).
Par contre, une série animée, c'est un rêve, j'avoue.
J'imagine déjà le générique orchestral avec le passage des saisons avant que tout finisse dans les flammes ! Et je m'emballe, donc cinéma non, animation oui ! Ou en jeu de rôle ?
Oui, j'y ai déjà pensé en plus. La fantasy s'y prête bien et le scénario serait tout tracé :
soit jouer humain soit dryade et devoir survivre jusqu'à un événement précis confrontant les deux espèces ! Et les choix mèneraient soit à la guerre, comme par le passé, soit à une paix retrouvée. Mais bon, au vu de mon niveau de chance aux dés, je suis sûre de rater mon jet de magie et de mettre le feu au village. Ou de faire un échec critique en charisme et finir étouffer par des ronces, ça pourrait vite déraper.
Ton Webtoon aura-t-il un format physique ?
J'aimerais beaucoup tenter l’auto-édition une fois le premier arc de mon histoire terminée. Mais je peine déjà à publier un chapitre par mois au format numérique, alors nous verrons.
Ta mythologie préférée ?
Difficile de choisir, mais il faut être honnête, c'est la mythologie grecque que je préfère, surtout en termes de panthéon. Suivie de la mythologie nordique, égyptienne, celtique ou encore asiatique, mais il est vrai que de nombreux mythes se ressemblent, c'est très intéressant quand on compare les dieux et héros d'un continent à l'autre.
Tant qu'il y a du drame, de l'épique et des monstres terribles, ça me plaît.
Ta créature fantastique préférée ?
Je vais faire l'originale et ne pas répondre le dragon (alors qu'au fond, cracher du feu et dormir sur un trésor, le rêve). Mais non, c'est le Kistune mon préféré, l'esprit renard japonais aux queues multiples ! Et Fenrir, le loup géant nordique, j'aime bien les canidés en gros, c'est pourquoi j'en dessine beaucoup et toujours mignons.
Je me rends compte que ça devrait être les dryades et les nymphes, mais raté.
En plus, à choisir une créature sylvestre, cela aurait été le liéchi, qui est bien plus terrifiant.
Ta scène préférée dans ton webtoon ?
Elle n'est pas encore arrivée, mais pour l'instant je dirais la première scène nocturne dans les Grands Bois, où les deux matriarches se retrouvent pour protéger un arbre de vie (lisez-le, en plus j'ai fait des efforts, je vous jure). En gros, la dryade et la naïade géantes côte-à-côte. Mais le prochain chapitre sera très riche en paysages, j'y travaille.
J'aime vraiment dessiner des paysages ou des intérieurs fourmillants de détails (mention spéciale à la bibliothèque ou encore la salle commune, que j'essaie de représenter comme je les imagine), c'est pour cela que je suis si lente à publier.
Un passage difficile à écrire ou à dessiner ?
Je suis quelqu'un de très pragmatique : pour moi tout est difficile car je suis très exigeante et je n'aime jamais le résultat final. Mais je suppose que le plus dur sera les scènes de batailles et de fait, les scènes où des personnages importants devront dire adieu à d'autres (mais je n'en dis pas plus pour l'instant). Développer un monde cohérent est aussi difficile :
plus on avance, plus il y a de détails à retenir et je dois me référer sans cesse à mes notes, car j'oublie mes propres idées.
Combien d’arc narratifs aura ton webtoon ?
Hum, si je ne me trompe pas, trois ou quatre : nous sommes dans le premier, consacré à l'Orée et à mon duo mère-fille, dryade et humain. Le second quittera complètement ces personnages pour s'intéresser aux humains éloignés des Bois, dans un contexte bien plus urbain et bien moins nature friendly.
Qui mènera donc au troisième : le choc des cultures, quand mes héroïnes seront confrontées à mes autres protagonistes et que ça finira plus ou moins bien. Je suis vraiment la pire créatrice d'univers qui soit : j'ai commencé par écrire la fin et je construis toutes mes péripéties pour arriver au drame, vous êtes prévenus.
Des projets pour le futur ?
J'en ai beaucoup... Déjà, survivre à 2026... Non je plaisante, tout d'abord, finir ce webtoon. Ouvrir un Kofi/un site où décliner mes idées sous formes d'illustrations, marque-pages et mini BD, pour que je puisse continuer, financièrement parlant. Et du coup, peut-être un jour, publier mes histoires pour de vrai.
Une dernière chose à ajouter ?
C'est là qu'il faudrait que je sorte une phrase grandiose et porteuse de message...
Du genre « Si un plus grand nombre d’entre nous préférait la nourriture, la gaieté et les chansons aux entassements d’or, le monde serait plus rempli de joie ». Mais c'est J.R.R. Tolkien qui a dit ça. Aussi, je ne peux que vous encourager à lire et à découvrir ailleurs que sur écran les mythes et les innombrables histoires inspirées qui en découlent... Comme « À l'Orée des Grands Bois » hahaha !
Et merci encore de m'avoir proposé cet entretien !
Merci à toi d’avoir accepté !
Voici le lien pour accéder à la bande-dessinée







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