Entretien avec la romancière Ma.L.Gautier autrice de la saga Les Maudits de l'Olympe
- Arthur Heulin

- 15 déc. 2025
- 5 min de lecture

Aujourd’hui nous accueillons Ma.L. Gautier, une romancière passionnée de mythologie et de dessin. Alors que le prochain tome de sa saga “Les maudits de l’Olympe” est en cours d'écriture, Ma.L. a accepté de nous révéler les coulisses de ses créations.
Comment est née votre saga littéraire ? Est-ce le tout premier projet que vous avez écrit ?
Eh bien non, la saga Les Maudits de l’Olympe n’est pas mon premier projet. En vérité, mon premier livre est Été ’52 , une romance LGBTQ+ également. Il a une longue histoire et j’ai eu la chance de pouvoir le rééditer récemment.
Concernant la saga, l’idée remonte à bien longtemps ! Durant mes études d’arts, j’ai lu pour la première fois Les Métamorphoses d’Ovide. Autant dire que j’en suis absolument fan, et cette lecture m’a marqué·e à tel point que je voulais en faire quelque chose.
À l’époque je n’écrivais pas, mais je dessinais, et déjà je voulais créer autour de ces mythes.
C’est chose faite aujourd’hui ! Où avez-vous appris à écrire des livres et à dessiner ?
C’est une anecdote assez drôle et qui surprend souvent : je n’aime pas écrire.
Ou plutôt, je n’aimais pas. Je dessine depuis toujours, puisque je tiens de ma mère qui est elle-même artiste peintre. J’ai donc toujours baigné là-dedans, et c’est en vérité ma première forme d’expression artistique. C’est aussi celle avec laquelle j’ai eu le plus de frustrations, car je ne trouvais pas mon trait assez bon pour proposer des projets finis, comme une BD ou un roman graphique. Je n’étais donc pas capable de coucher sur papier toutes les idées et les histoires que j’avais en tête. Et ça par contre, j’en avais plein et j’en ai toujours raconté à mes amis, à mes proches. J’ai toujours conté des histoires. L’écriture est donc venue par défaut, car j’en ressentais moins de pression. Et au final, j’y ai pris goût, malgré mes très grosses lacunes en grammaire que j’apprends à combattre ! Pour répondre plus simplement, si j’ai appris à dessiner auprès de ma mère et des écoles d’arts, je n’ai pas « appris » à écrire. J’ai jeté des mots au hasard et appris à faire mieux.
Qu’aimez-vous dans l’écriture de fiction ?
Tout ! C’est banal comme réponse mais c’est vrai. Tout est possible dans les romans de fiction. Que ce soit l’extraordinaire ou des revendications modernes camouflées dans le fictif. C’est ce deuxième aspect qui me motive. Réécrire l’ancien avec de la modernité, dénoncer ou encore représenter ce qui me tient à cœur à travers le classique, l’imaginaire. « Lorenzaccio » d’Alfred de Musset est une grande inspiration dans ce sens. Réécrire le présent avec l’ancien, ou l’irréel.
Pourquoi écrire sur la mythologie grecque ?
Je suis assez fasciné·e par la transmission orale de contes et de légendes. Je trouve ça incroyable de voir passer ces mythes de siècle en siècle, d’évoluer, de se transformer au fil des valeurs qui traversent les époques. Ce que j’aime encore davantage, c’est combien malléable est la mythologie (grecque comme d’autres origines). On aurait tort de penser qu’il existe une seule mythologie grecque. Puisqu’elle est basée sur des transmissions orales, puis écrites, il existe des centaines d’interprétations différentes qui racontent toujours quelque chose de différent. C’est ça qui me fascine dans la mythologie en général. Et grecque, car je suis un enfant des années 90/2000, et forcément, Percy Jackson et les Métamorphoses d’Ovide ne m’ont pas épargné.
Comment avez-vous découvert ces histoires où les dieux masculins sont séduits par des hommes ? Ont-elles été “effacées” par des gens qui les désapprouvent ?
Un peu par hasard, puisque « Les Métamorphoses » d’Ovide ne se basent pas uniquement sur des mythes queer ou homosexuels. Je ne sais pas si on peut dire qu’elles ont été effacées, mais plutôt dissimulées. L’homoérotisme a toujours été très présent, plus ou moins assumé en fonction du puritanisme de l’époque. (Je pense encore à « Lorenzaccio » mis en scène par Zeffirelli, qui est un pur exemple de sous-texte homosexuel. Promis j’arrête maintenant avec mes références pompeuses, haha !) Mais oui, c’était évident pour moi de me pencher sur ces histoires, puisqu’elles me touchent et surtout, elles me concernent, de près ou de loin. Faisant moi-même partie de la communauté, c’est une façon pour moi de les faire revenir sur le devant de la scène.
Aimeriez-vous que vos livres soient adaptés au cinéma ? Ou en série ?
Quel auteur ou autrice ne le voudrait pas ?
Je pense que comme mes collègues je fantasme sur les acteurs qui pourraient interpréter les protagonistes de ma saga.
Mais forcément, c’est complexe ! On a l’idée que les adaptations se font par repérage, qu’un jour on va avoir un producteur à la porte pour nous proposer un contrat.
En vérité, c’est bien plus de démarchage et de travail qu’on ne le croit, et sans agent littéraire c’est clairement infaisable. Et en vrai, en y pensant, je ne crois pas que l’idée de vendre les droits de mes livres me plaise particulièrement.
Que pensez-vous des films anciens comme récents adaptant la mythologie ? Y en a-t-il un qui vous a marqué·e ?
Que du bien ! Je sais bien que beaucoup sont critiqués car considérés « anachroniques » ou « peu fidèles ». Une romantisation de la mythologie. Mais en fait, est-ce que toutes les réécritures ne le sont pas ? C’est impossible d’être réaliste quand on réécrit la mythologie. Même Ovide, Hésiode et tous les auteurs classiques avaient leur propre interprétation. On a tendance à croire que leurs écrits sont une « base » canonique, mais ce serait comme dire qu’un livre d’aujourd’hui qui retrace le Moyen Âge est un témoignage exact et strictement réaliste. Alors bien sûr, Troie, Le Choc des Titans… ce sont des titres qui peuvent prêter à rire pour celles et ceux qui croient qu’il existe « une vraie mythologie ». Mais en vérité, je crois que toute réécriture est bonne à prendre et a sa propre légitimité. Tout ça pour dire que j’assume mon petit faible inavouable pour 300.
Votre dieu/déesse préféré·e ?
C’est si difficile ! La facilité voudrait que je choisisse Hadès, son personnage est tellement unique et à l’opposé des Olympiens. Et je crois qu’en vrai, oui, c’est lui mon petit préféré. Mais je dois avouer que récemment, j’ai commencé à apprécier Héra de plus en plus. On a tendance à la diaboliser, mais finalement, on peut avoir une lecture très intéressante de cette divinité. Et Hestia. Et Dionysos et, et, et… !
Votre mythe préféré ?
Apollon et Hyacinthe. Un coup de foudre. Je crois que je pourrais réécrire encore et encore ce mythe, d’autant plus qu’avec du recul, je rajouterais tellement de choses à ma propre réécriture (« La Lamentation des Cigales »). Ne jamais dire jamais.
Votre créature fantastique préférée ?
J’aime beaucoup le Renard (renarde selon les versions) de Teumesse, et le mythe qui lui est associé (« Les Métamorphoses » d’Antoninus Liberalis. J’avais dit que j’arrêtais. J’ai menti haha.) C’est le paradoxe divin par excellence : un renard qui fuit continuellement et ne peut être attrapé, un chien qui ne peut être arrêté et qui le pourchasse éternellement. La boucle perpétuelle.
Des projets pour le futur ?
Continuer la saga ! Dévorer encore plein de mythes et les coucher sur papier. Diversifier mes histoires dans des styles plus contemporains aussi, plus décalés et anarchiques. Une petite parenthèse déjantée contrairement à mes écrits plus « sérieux ». Et boire beaucoup de thé !
Une dernière chose à ajouter ?
Encore merci pour cet entretien ! Les questions sont très intéressantes, et j’espère avoir apporté un peu mon point de vue ! (Plus ou moins rébarbatif ! haha.) Et enfin, parce que je suis incapable de garder mon sérieux trop longtemps : Ne jugez pas trop fort Gérard Butler dans 300.
Voilà pour ce qui est de l'Entretien avec Ma.L.Gautier, le dernier tome de sa saga, est toujours disponible à l'achat un peu partout







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